RSA : le Sénat adopte le nouveau régime de sanctions prévu par le texte plein emploi

Le Sénat a voté ce 11 juillet en faveur de la création d’un mécanisme de suspension du versement du revenu de solidarité active, lorsque l’allocataire ne respecte pas ses engagements. Les groupes de gauche se sont opposés à cette disposition.
Guillaume Jacquot

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Un autre article clé du projet de loi pour le plein-emploi vient d’être adopté ce 11 juillet au Sénat, sous l’impulsion de la majorité de droite et du centre. L’article 3 du texte en question réforme le régime de sanctions applicables aux allocataires du revenu de solidarité active (RSA), qui ne respecteraient pas leurs obligations. La veille, le Sénat a validé l’inscription automatique de tous les bénéficiaires du RSA sur la liste des demandeurs d’emploi et la création d’un « contrat d’engagement », comprenant notamment une obligation de 15 heures d’activité d’insertion par semaine.

En cas de non-respect de ces contrats, le projet de loi a pour objectif de rendre « plus progressives » et « plus effectives » les sanctions prévues par la loi. Il crée à ce titre, avant la sanction maximale de la radiation (peu utilisée), la suspension temporaire du RSA en cas de manquements. Une régularisation est prévue si la personne respecte à nouveau ses devoirs. Pour le ministre du Travail Olivier Dussopt, cette nouvelle sanction nommée « suspension-remobilisation » vise à « rénover l’accompagnement » des allocataires du RSA. « Cela nous paraît équilibré, cela nous paraît utile aussi », a-t-il ajouté.

En commission des affaires sociales, les sénateurs ont limité à trois mois de RSA les sommes pouvant être restituées. Le gouvernement ne s’est pas opposé à cette modification, en séance. Une petite partie du groupe LR était même partisane de ne restituer aucune somme quand le bénéficiaire se conforme à ses obligations, l’amendement déposé par Philippe Tabarot (LR) n’a pas été retenu. « Nous ne pouvons pas viser le plein-emploi et dans le même temps, demeurer laxiste », a-t-il déclaré.

Un « bouleversement de la philosophie initiale du RSA », selon la gauche

Les groupes de gauche ont vigoureusement protesté contre les dispositions de cet article. « La notion de devoir des allocataires du RSA ne doit pas se transformer en punition au moindre faux pas », a fait valoir la sénatrice Cathy Apourceau-Poly (communiste), craignant une aggravation de la précarité de ces personnes. « Il est à craindre que les sanctions ne remobilisent pas les bénéficiaires du RSA », s’est inquiété la socialiste Corinne Féret, sa collègue Annie Le Houérou évoquant ensuite un « bouleversement de la philosophie initiale du RSA ».

Les écologistes, par la voix de Raymonde Poncet-Monge, ont également insisté sur la disparition de la notion de réciprocité dans les contrats d’engagement, ce qui revient, selon eux, à « effacer la responsabilité qui incombe à l’ensemble de la société ». « Cela nourrit une vision antisociale, qui consiste à rendre les allocataires seuls coupables de leur situation, à les faire passer éventuellement pour des profiteurs », a pointé la sénatrice du Rhône.

De son côté, la rapporteure LR Pascale Gruny a pointé le fait que le taux de retour à l’emploi des bénéficiaires du RSA s’établissait à 3,9 %, soit moitié moins que la moyenne des demandeurs d’emploi.

En réponse au ministre qui évoquait le « manque d’accompagnement » des personnes au RSA, le sénateur LR René-Paul Savary a estimé qu’il faudra « y mettre les moyens ». « Il faudra être très vigilant au moment du projet de loi de finances, pour faire en sorte que les départements puissent faire cette action d’accompagnement », a-t-il mis en garde.

Dans la version adoptée cet après-midi, les sénateurs ont par ailleurs permis à Pôle Emploi (ou le futur France Travail) de proposer cette suspension du versement du RSA, si le président du conseil département ne statue pas lui-même sur le dossier, dans un délai qui sera fixé par décret.

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