Bruno Retailleau, France’s Interior Minister and declared candidate for the presidency of Les RÃ’publicains (LR), was in Valence

Duel Retailleau-Wauquiez pour la présidence LR : « Le résultat sera plus serré qu’on ne le pense »

La campagne interne des LR vient de connaître un moment de tension autour du nombre de parrainages revendiqué. Dans le camp Retailleau, où on pense aussi à 2027, certains y voient « un symptôme de fragilité » des pro-Wauquiez. « Il ne faut pas enterrer Laurent trop vite », met en garde un soutien du député. Surtout que dans ce scrutin, ce sont les militants qui votent.
François Vignal

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Ça ne devait être qu’une formalité. L’épisode s’est transformé en moment de tension, dans la campagne LR, qui oppose pour la présidence du parti, le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, au président du groupe Droite républicaine de l’Assemblée, Laurent Wauquiez.

La semaine dernière, le 18 mars, l’équipe de Laurent Wauquiez dépose officiellement la candidature de leur chef de file, avec les parrainages : pas moins de 7150, bien plus que les 439 nécessaires. Ses plus proches soutiens en font un objet de communication sur les réseaux. Le message est clair : le candidat revendiqué de la base, qu’est Laurent Wauquiez, est celui qui a le plus d’appuis, quand Bruno Retailleau est décrit comme le candidat des « chapeaux à plumes », c’est-à-dire des responsables, plus que des militants. Or ce sont ces derniers qui votent.

Mais quatre jours plus tard, surprise, la Haute autorité des LR, qui chapeaute l’organisation de la campagne, publie, contrairement à l’habitude, le nombre de parrainages validés par chacun. Et là, c’est le grand écart. Elle annonce 2235 parrainages d’adhérents pour Bruno Retailleau, contre seulement 997 pour Laurent Wauquiez… Effet boomerang garanti pour le patron des députés LR. Côté parlementaires, ce dernier rassemble 44 parrainages, contre 92 pour le ministre de l’Intérieur, soit là encore, le double.

Le président de la Haute autorité présent au prochain conseil stratégique

Face à la tournure des événements, l’équipe de l’ancien président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a suspendu sa participation aux réunions de la Haute autorité, dénonçant une erreur de sa part et lui reprochant sa décision de publier le chiffre total. « L’équipe de campagne de Laurent Wauquiez a exigé et obtenu que l’ensemble des membres de la Haute Autorité soient désormais systématiquement conviés aux réunions et qu’en cas de désaccords, les candidats puissent faire valoir par écrit leurs arguments auprès de toute la Haute autorité », annonce finalement il y a deux jours, pour clore l’incident, Geoffroy Didier, lieutenant de Laurent Wauquiez.

Le candidat a de son côté séché le conseil stratégique des LR qui s’est tenu mercredi. Mais un autre conseil stratégique est de nouveau convoqué mercredi prochain, a appris publicsenat.fr. « Il a été demandé que le président de la Haute autorité soit présent pour répondre aux interrogations, comme il y a eu quelques échanges tendus sur la gestion de la Haute autorité, même si ses représentants ont dit que tout a été fait dans les règles de l’art », explique l’entourage d’un des deux candidats.

« J’ai l’impression qu’ils sentent que l’élection est pliée »

Chez les soutiens de Bruno Retailleau, on veut tourner la page. « Je pense qu’il y a eu confusion entre comité de soutien et parrainages (chez Laurent Wauquiez). Mais je m’abstiens de toute polémique sur le sujet. Nous devrons nous retrouver tous ensemble après l’élection », avance le sénateur LR Max Brisson, fidèle de l’ancien président du groupe LR du Sénat. Le sénateur des Pyrénées-Atlantiques n’entend pas remettre une pièce dans la machine. « Je n’ai pas l’intention, comme tous les amis de Bruno Retailleau, d’entrer dans la polémique. La presse aimerait que nous nous tapions dessus. Nous allons vous priver de ce plaisir. Car la politique, c’est beaucoup plus sérieux que ces bisbilles de cours d’école », lance Max Brisson, qui souligne tout de même, à qui veut l’entendre, « que la Haute autorité est composée de membres qui n’ont pas été nommés par Bruno Retailleau. Ça correspond à des choix de gouvernance antérieurs ».

Hors micro, un autre soutien du ministre voit quand même dans la séquence « un symptôme de fragilité » du camp Wauquiez. « J’ai l’impression qu’ils sentent que l’élection est pliée », avance même un autre pro-Retailleau. Mais « cela démontre, comme à chaque campagne, qu’il y a des tensions. Rien de nouveau », tempère-t-on cependant.

Une parlementaire pro Wauquiez minimise quant à elle l’importance du sujet. « Ces parrainages, c’est totalement du bidon ! Il ne faut pas se fier au nombre de parrainages pour faire des pronostics. Et peut-être que le résultat sera plus serré qu’on ne le pense », prévient cette élue.

La sénatrice LR Christine Bonfanti-Dossat a reçu sa carte d’adhérent… trois fois

Il ne faut pas oublier que ce sont les militants qui votent. C’est pourquoi chaque camp essaie de pousser un maximum de soutiens à prendre ou reprendre sa carte d’adhérent, pour pouvoir voter le jour J. A ce petit jeu, la sénatrice LR Christine Bonfanti-Dossat, raconte avoir gagné trois fois… « J’ai reçu ma nouvelle carte, puis deux jours après, j’ai reçu une deuxième carte… Et une troisième une semaine après ! Les trois à mon nom. Il y avait deux cartes identiques et une autre différente. Il n’y a pourtant qu’une Christine Bonfanti-Dossat. C’est bizarre. Je pourrai voter pour l’un et pour l’autre », plaisante celle qui n’a « pris parti ni pour l’un, ni pour l’autre. Ce sont des amis de cœur tous les deux », dit la secrétaire départementale LR du Lot-et-Garonne.

La sénatrice ne va garder qu’une carte, mais « quelqu’un de malhonnête pourrait voter deux fois. C’est un peu la chienlit », lance Christine Bonfanti-Dossat, qui assure ne pas avoir entendu parler d’autres erreurs de ce type. Tant que les chiens ne peuvent voter, tout va bien.

Laurent Wauquiez « fait du terrain », comme « Chirac »

Dans cette campagne qui mènera les deux candidats jusqu’au 17 mai, Laurent Wauquiez joue la carte de la base. Si Bruno Retailleau le dépasse en nombre de soutiens et de personnalités – comme nous l’avions annoncé ou évoqué, David Lisnard, Valérie Pécresse et Michel Barnier soutiennent Bruno Retailleau – Laurent Wauquiez entend faire une force, de ce qui pourrait paraître comme une faiblesse. « C’est ce qu’a fait Chirac. Il a fait du terrain. Les 4 dernières années avant d’être Président, il a labouré le terrain. Effectivement, les militants ont besoin d’avoir une incarnation. C’est une bonne tactique », salue un de ses soutiens, qui remarque que « Laurent le faisait avant d’être candidat. Il a commencé son tour des fédérations il y a 2 ans. La base des militants l’apprécie ».

Selon Max Brisson, la critique ne porte pas. « Ce ne sont pas les chapeaux à plumes qui rejoignent Bruno Retailleau, ce sont les adhérents, et parmi eux, il y a des élus, heureusement », rétorque le sénateur LR. « Il y a clairement un engouement national. On voit beaucoup de gens réadhérer. Et évidemment qu’on est fier d’avoir un maximum d’élus autour de nous. N’importe quel candidat devrait se réjouir d’avoir autant d’élus. Ça veut dire qu’il est rassembleur », ajoute la sénatrice LR Alexandra Borchio Fontimp, l’une des porte-parole de Bruno Retailleau.

« Laurent Wauquiez a la parole beaucoup plus libre qu’un Bruno Retailleau, qui est excellent, mais qui est un peu coincé »

Dans cette bataille à fleurets mouchetés, Laurent Wauquiez tente aussi de mettre la pression sur le gouvernement et le ministre de l’Intérieur, pointant son lien, de fait, avec le premier ministre et même le président, Emmanuel Macron. Une attitude qui « n’étonne pas » Christine Bonfanti-Dossat. « Laurent a toujours dit qu’il ne cautionnait pas ce gouvernement Macron et il continue. Il a la parole beaucoup plus libre qu’un Bruno Retailleau, qui est excellent, mais qui est un peu coincé. On a l’impression que puisse qu’il est au gouvernement, il est un peu plus muselé », avance la sénatrice LR, alors que Bruno Retailleau s’est pourtant fait remarquer par ses prises de position.

Au contraire, sa présence au gouvernement est un atout, pour Alexandra Borchio Fontimp. « C’est une chance d’avoir un candidat qui est dans le faire. D’autres ne peuvent pas faire. Car sauf erreur de ma part, ils ne sont pas au gouvernement », remarque la porte-parole de Bruno Retailleau.

« Demain, Bruno Retailleau pourrait être le candidat de notre famille politique »

Le ministre de l’Intérieur va continuer sa campagne, où il profite de ses déplacements de ministre pour enchaîner ensuite, le soir, sur une réunion de sympathisants. Il était au Touquet hier soir, avant un passage dans son fief de Vendée, ce soir. Le tout en adaptant son discours. « Là, il faut convaincre les Français de faire des cartes. Après le 17 avril, date limite pour adhérer au parti, le discours sera plus centré sur les questions internes », explique un membre de son équipe.

Bruno Retailleau tient pour le moment, le temps d’attirer de nouveaux adhérents, un discours plus général. Un peu comme le ferait… un candidat à la présidentielle. « Dans cette campagne, les militants me disent qu’il ferait un bon président de la République. Ça, on me le dit tout le temps. Ils le voient comme un futur Président », assure Alexandra Borchio Fontimp, qui ne nie pas d’éventuelles possibles ambitions futures, pour Bruno Retailleau. « Les chefs de parti, ça leur traverse l’esprit de penser à 2027 », lance la sénatrice des Alpes-Maritimes, en tout cas, « ça lui donnerait une crédibilité pour être candidat ».

Dans le camp Retailleau, le message est clair : installer, petit à petit, l’idée que le ministre de l’Intérieur pourrait viser plus grand. « Demain, il pourrait être le candidat de notre famille politique », rêve tout haut un soutien. Le parti deviendrait ainsi une marche, une étape, dans son ascension. L’Intérieur, le parti, avant l’Elysée… La démarche n’est pas sans rappeler un certain Nicolas Sarkozy. Mais dans l’entourage du candidat, on se méfie des plans un peu trop écrits d’avance : « Je n’aime pas trop l’image de Retailleau favori. Je m’en méfie. Rien n’est gagné d’avance ».

« Les jeux ne sont pas encore faits »

« Bruno Retailleau parle plus avec son cœur, ça touche plus les gens », reconnaît de son côté un parlementaire qui préfère le député LR, « mais quand on voit Laurent Wauquiez en meeting, ça change la donne. Il ne faut pas l’enterrer trop vite, du tout. C’est pour ça que les jeux ne sont pas encore faits. Rien n’est gagné, ni pour l’un, ni pour l’autre ».

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