Diplomate français mis en cause dans l’affaire Epstein : « Toute la lumière doit être faite sur cette affaire effroyable et tentaculaire », soutient Maud Bregeon

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé avoir saisi la justice, suite aux révélations qui mettent en cause un diplomate français, qui était en lien avec Jeffrey Epstein. Sur cette affaire, le gouvernement « encourage les femmes qui auraient été victimes à parler et à se tourner vers la justice ».
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Nouvelle affaire dans l’affaire Epstein. Depuis la publication, fin janvier, de millions de nouveaux documents liés à l’homme d’affaires Jeffrey Epstein, plusieurs personnalités ont été mises en cause, dans différents pays. C’est maintenant un diplomate français qui est visé, pour avoir été en lien avec le criminel sexuel américain.

Il s’agit de Fabrice Aidan. Selon des révélations de Mediapart et de Radio France, les premiers échanges répertoriés entre les deux hommes remontent à 2010. Il a fait bénéficier Jeffrey Epstein « d’informations diplomatiques, de services ou de ses réseaux à l’international ». A ce stade, les échanges rendus publics ne semblent pas relier le haut fonctionnaire aux crimes sexuels commis par le milliardaire.

En 2010, le Français est détaché par la France aux Nations unies où il est conseiller du diplomate norvégien Terje Rød-Larsen. Ce dernier, ainsi que son épouse Mona Juul, font l’objet d’une enquête en Norvège pour « complicité de corruption aggravée » et « corruption aggravée » en raison de leurs liens avec Jeffrey Epstein, a annoncé lundi la police. Ce couple de diplomates a joué un rôle important dans les négociations israélo-palestiniennes secrètes qui avaient débouché sur les Accords d’Oslo au début des années 1990.

Soupçons de consultations de sites pédopornographiques

Fabrice Aidan est actuellement secrétaire des affaires étrangères principal en disponibilité pour convenances personnelles. Il exerçait par ailleurs au sein du groupe Engie. L’entreprise a annoncé à l’AFP « suspendre les fonctions de Fabrice Aidan », « en raison des éléments portés à (sa) connaissance et relayés dans certains médias, qui concerneraient une période antérieure à son entrée dans le groupe ».

Autre élément : selon Mediapart, le diplomate était visé en 2013 par une enquête du FBI et de l’ONU, quand il y était en poste, pour des soupçons de consultations de sites pédopornographiques. Représentant permanent de la France à l’ONU à l’époque, l’ambassadeur Gérard Araud a alors demandé au diplomate de quitter son poste. « Fabrice Aidan a alors discrètement quitté les États-Unis via le Canada pour rentrer à Paris », écrit le site d’information. Un retour « en urgence ».

Jean-Noël Barrot « effaré » et « indigné »

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a dénoncé avec force les liens établis entre le diplomate et Jeffrey Epstein. « Les faits allégués sont d’une très grande gravité. Quand j’ai pris connaissance de ces informations, hier, j’ai été effaré et j’ai fait ce que chacun aurait fait à ma place. J’ai saisi la justice et lancé une procédure disciplinaire, qui décidera de son avenir », a-t-il affirmé. Il assure avoir découvert seulement mardi cette situation qui « l’indigne personnellement ».

« Bien sûr, toute la lumière doit être faite sur cette affaire effroyable et tentaculaire » a affirmé pour sa part, ce midi, le porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, ajoutant que « le quai d’Orsay a réagi immédiatement. Mon collègue Jean-Noël Barrot a fait un signalement au nom de l’article 40. Et j’encourage les femmes qui auraient été victimes à parler et à se tourner vers la justice. C’est à la justice de faire son travail. Par ailleurs, ce n’est pas au pouvoir exécutif de dire comment le pouvoir judiciaire doit s’emparer de cette affaire, au nom de la séparation des pouvoirs ».

« Toute la lumière doit être faite sur cette affaire, mais c’est à la justice de le faire »

Alors que la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s’est dit opposée à l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Epstein, que demande LFI, estimant qu’elle entrerait « en concurrence avec la justice », qui « doit être saisie », la porte-parole s’est montrée en accord avec la députée Renaissance.

« Je note les mots de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, qui explique bien que le pouvoir législatif n’a pas à interférer avec le pouvoir judiciaire. Et que les parlementaires ne sont ni juges, ni magistrats. Toute la lumière doit être faite sur cette affaire, mais c’est à la justice de le faire », soutient Maud Bregeon.

Interrogé le 9 février sur le cas Jack Lang, poussé à la démission de la présidence de l’Institut du monde arabe en raison de ses liens avec l’homme d’affaires américain, Emmanuel Macron a souligné qu’il s’agissait d’« une affaire qui concerne surtout les États-Unis d’Amérique », qu’il fallait « que la justice là-bas fasse son travail et c’est tout ». Le chef de l’Etat a ajouté ne pas vouloir « prendre part à un débat public sur ce sujet ».

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