Dialogue social à Air France : le trou d’air permanent

Dialogue social à Air France : le trou d’air permanent

Démission du PDG, grèves à répétition, avions cloués au sol, que se passe-t-il à Air France ? Après quinze jours de grèves depuis février, la compagnie s’enlise dans un conflit social aux airs de déjà-vu. Et si le fleuron du transport aérien français avait un problème historique avec le dialogue social ?
Public Sénat

Par Alexandre Delrieu

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Après l’épisode emblématique de la chemise arrachée en 2015, la démission le mois dernier du PDG d’Air France Jean-Marc Janaillac est le dernier acte d’un mouvement social qui, vu de l’extérieur, ressemble à un dialogue de sourds.

« Un dialogue social de façade »

Pour Stéphanie Matteudi, qui conseille les grandes entreprises dans leurs relations sociales, les difficultés que connaît la compagnie aérienne tiennent particulièrement à un management « vertical » et « anxiogène » de la part de la direction.  « Il y a une espèce de communication verticale uniquement, du haut vers le bas, et qui dit si vous ne faites pas ce que je dis, on ferme. C’est toujours une pression sous la menace ». Ce dialogue social « de façade » serait à l’origine de réactions parfois violentes de la part des salariés, en atteste l’épisode de la chemise arrachée de 2015.

Grève à Air France : "Il y a une espèce de communication verticale uniquement, du haut vers le bas" pour Stéphanie Matteudi #UMED
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Un climat que l’on retrouve lors des négociations collectives. À croire Stéphanie Matteudi, la direction ne fixerait jamais de but précis à atteindre, en demandant toujours davantage d’efforts à ses salariés. « Je pense que les accords collectifs ne vont pas jusqu’au bout, […] La ligne d’arrivée n’arrive jamais, elle recule, elle recule, elle recule ». Un constat en partie partagé par le sénateur centriste Vincent Capo-Canellas qui souligne la « logique trop financière dans les explications données aux salariés », notamment lors conflit social de 2015. Le président du groupe d’études sur l’Aviation civile au Sénat insiste sur la nécessité de « remettre de l’envie, de l’empathie dans le système ».

Une quinzaine de syndicats face à un employeur

Pilotes, personnel naviguant et personnel au sol, outre sa taille imposante et les fortes contraintes économiques auxquelles elle doit constamment s’adapter, Air France emploie trois grandes catégories de personnel aux intérêts parfois divergents. L’entreprise doit ainsi composer avec une quinzaine d’organisations syndicales, souligne Stéphanie Matteudi. Alors qu’une intersyndicale s’est formée pour porter les revendications salariales de l’ensemble du personnel d’Air France, celle-ci n’a pas suffit à effacer les dissensions entre les catégories de personnel.

Un syndicat des pilotes contesté

Grève à Air France : "le SNPL a essayé de jouer solo un certain nombre de fois" estime Medhi Kemoune #UMED
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Certains accusent le syndicat majoritaire des pilotes de faire passer ses intérêts avant ceux de l’entreprise. À lui seul le SNPL est capable de bloquer la compagnie. « Effectivement le SNPL a essayé de jouer solo un certain nombre de fois, contre l’ensemble des salariés je ne sais pas, mais ça a été le cas, et avec finalement aussi une certaine complaisance de la part de la direction à certains moments », estime l’ancien secrétaire général de la CGT Air France Mehdi Kemoune.

240 accords collectifs

Pour le dirigeant de compagnies aériennes Marc Rochet, cette complaisance entre le syndicat des pilotes et la direction aurait conduit à un mille-feuille de 240 accords collectifs qui entraverait la bonne gouvernance d’Air France. Le dirigeant de French Bee et Air Craïbes dénonce une forme de congestion improductive qui se serait instaurée entre la direction d’Air France et le syndicat majoritaire des pilotes de ligne. Selon lui, « Air France doit rompre les chaînes de certains de ses accords historiques qui n’ont aucun sens et qui ne sont même pas social ».

À quelques semaines des vacances estivales, période vitale pour la santé financière des compagnies aériennes, Marc Rochet met en garde contre la poursuite du mouvement social qui pousserait les voyageurs à se détourner d’Air France. « Il faut qu’Air France donne un signal de calme et de sérénité pour deux ou trois mois ». Et de conclure : « il faut mettre ce temps à profit pour reconstruire un dialogue qui soit différent de celui du passé ». 

Retrouvez notre débat « Air France, comment sortir de la zone de turbulences ? » dans l'émission Un monde en Docs, présentée par Nora Hamadi, le samedi 02 juin à 23h30, le dimanche 03 juin à 10h00 et le dimanche 10 juin à 19h00 sur Public Sénat.

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