Jacqueline Gourault au gouvernement : une très proche de Bayrou chargée des collectivités

Jacqueline Gourault au gouvernement : une très proche de Bayrou chargée des collectivités

Spécialiste des collectivités locales, la sénatrice Modem Jacqueline Gourault se retrouve ministre après le départ de François Bayrou, dont elle est proche et a la confiance. Au Sénat, cette femme joviale et « pas du tout » sectaire est saluée pour son « sens du dialogue ».
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Ministre auprès du ministre. Un titre baroque pour Jacqueline Gourault, qui fait son entrée au gouvernement comme ministre auprès du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. Il fallait bien ça pour le Modem, qui a disparu de l’exécutif pour aussitôt y revenir. Après les départs de François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard du gouvernement, le parti centriste est de nouveau représenté par la sénatrice du Loir-et-Cher Jacqueline Gourault et sa collègue Geneviève Darrieussecq, nommée secrétaire d'Etat auprès du ministre des Armées.

« Je suis très heureuse d’être ministre, grâce à François Bayrou, je dois le dire »

Mariée et mère de deux enfants, d’un naturel jovial, Jacqueline Gourault a souvent le sourire. Agée de 66 ans, les parents de cette ancienne professeur d’histoire-géographie étaient marchands de bestiaux, avant de créer un élevage de chevaux de course. Cette amatrice d'équitation partage ainsi la passion de François Bayrou. En 1974, elle entre en politique en s'engageant pour Valéry Giscard d'Estaing lors de la campagne présidentielle.

Jacques Gourault est une très proche de François Bayrou. La vice-présidente du Modem est aux côtés de l’ancien garde des Sceaux depuis 30 ans. Il échange régulièrement avec elle au téléphone. « Je suis très heureuse d’être ministre, grâce à François Bayrou, je dois le dire » a-t-elle d’ailleurs expliqué hier au micro de Public Sénat, la voix prise d’émotion (voir la vidéo). Et grâce aussi quand même « au président de la République et au premier ministre ». « Le Modem est un des deux piliers de la majorité, c’est très important que des ministres (du Modem) soient présents » a-t-elle souligné.

Si elle n’est pas connue du grand public, elle joue en effet un rôle important au Mouvement démocrate. « Dans les figures du Modem, il y a François Bayrou, Marielle de Sarnez, Marc Fesneau et elle » estime le sénateur PS du Loiret, Jean-Pierre Sueur, avec qui elle a travaillé.

« Je vais retrouver Gérard Collomb sur un terrain que j’ai beaucoup pratiqué : les collectivités locales »

Si son titre ne dit pas quelles sont ses fonctions, Jacqueline Gourault les a précisées elle-même : « Je vais retrouver (Gérard Collomb) sur un terrain que j’ai beaucoup pratiqué : les collectivités locales ». Elle suit en effet ces questions de très près depuis des années, comme beaucoup de sénateurs.

Elle a présidé de 2011 à 2014, la délégation sénatoriale aux collectivités territoriales et à la décentralisation avant de devenir vice-présidente du Sénat. En 2013, suite aux états généraux des collectivités locales, initiés par l’ancien président PS du Sénat Jean-Pierre Bel, elle dépose avec le socialiste Jean-Pierre Sueur deux propositions de loi, qui seront adoptées : l’une sur le statut de l’élu. L’objectif était notamment de permettre aux professions libérales, aux femmes ou aux jeunes d’accéder plus facilement aux fonctions électives pour apporter plus de diversité. L’autre sur l’encadrement des normes pour les collectivités.  « On est dans une société où on veut tout prévoir », soulignait alors Jacqueline Gourault, « On a inscrit le principe de précaution dans la Constitution. La conséquence de tout cela, ce sont des normes qui viennent de partout : des parlementaires eux-mêmes, de l’administration, de l’Europe, des entreprises, des fédérations sportives… Tout le monde y va de sa norme ».

« Elle sait réunir les énergies, écouter les élus »

Jean-Pierre Sueur, ancien président de la commission des lois, se souvient « d’un gros travail fait en commun » et le « sens du dialogue » d’une personne « pas du tout » sectaire. « Elle sait réunir les énergies, écouter les élus et c’est très utile en matière de collectivités locales. Elle connaît bien le monde des élus. Elle a beaucoup exercé de responsabilité au sein de l’association des maires de France » souligne le sénateur du Loiret.

Sa vie d’élue est en effet pour le moins riche : son premier mandat sera celui de conseillère municipale de La Chaussée-Saint-Victor (Loir-et-Cher), près de Blois en 1983, dont elle sera maire de 1989 à 2014. Ancienne conseillère générale et régionale, elle s’est présentée aux législatives de 1993 contre Jack Lang, alors maire de Blois. Elle s'oppose à nouveau à lui en 1994 et 1997. Elle est élue sénatrice en 2001 où elle est membre du groupe UDI-UC, qui rassemble les différentes chapelles centristes. Comme François Bayrou, elle a soutenu Alain Juppé à la primaire des LR. Pendant la campagne présidentielle, elle signe une tribune avec neuf autres sénateurs Modem et quelques UDI pour soutenir Emmanuel Macron.

Répartir les tâches avec Jacques Mézard

Reste à voir quel sera son périmètre exact au sein du gouvernement. « Ce sera défini avec le premier ministre et le ministre de l’Intérieur, en charge des collectivités locales » élude-t-elle. Son ancien collègue du Sénat, Jacques Mézard, est passé à la faveur du remaniement de l’Agriculture à la Cohésion des territoires. Il faudra répartir les tâches de chacun et assurer un fonctionnement harmonieux. Lui aussi connaît très bien les collectivités.

Dans le projet présidentiel de Macron, on trouve la suppression d’« au moins un quart des départements, là où ils peuvent être rapprochés de l’une de nos grandes métropoles ». Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a déjà expérimenté la fusion entre la métropole de Lyon et le département du Rhône, qui était présidée par le sénateur Michel Mercier, membre du… Modem. Mais la suppression des départements est un sujet sensible chez une partie des élus locaux et les sénateurs, où les « départementalistes » sont nombreux.

Il faudra aussi gérer les conséquences sur les finances des collectivités de la suppression de la taxe d’habitation, promise par le Président. Elle génère déjà des mécontentements chez les élus. « Très remontés, c’est beaucoup dire. Ils ont tous compris que c’est une mesure sociale, d’équité (…) et en même temps, ils sont préoccupés par la compensation qui sera faite aux collectivités. Et le Président s’y est engagé et je suis sûre qu’on trouvera une solution qui satisfera les élus locaux » expliquait hier soir Jacqueline Gourault. Qui a apparemment vite endossé ses nouveaux habits de ministre.

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