Paris 2024 Girl practicing sports in front of the Paris Town Hall

Jeux Olympiques 2024, le défi de l’acceptabilité 

A un peu plus d’un an du lancement des Jeux Olympiques 2024 à Paris, le passage de la phase stratégique à la phase opérationnelle de l’événement suscite quelques inquiétudes. La maîtrise des dépenses, l’accessibilité aux événements et la capacité à impliquer un public varié détermineront assez largement le succès de la compétition sportive.
Henri Clavier

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« On ne sera pas parfait pour ces Jeux, soyons clairs », déclarait Emmanuel Macron, 500 jours avant le lancement des Jeux Olympiques. Depuis le début de l’année 2023, l’organisation des Jeux Olympiques est passée dans une phase opérationnelle, avec les imprévus que cela implique. En janvier, la Cour des comptes alertait sur la maîtrise des dépenses liées à l’organisation des Jeux Olympiques alors que le budget est passé de 6,8 milliards d’euros lors de la phase de candidature à 8,8 milliards en décembre 2022.

La question de la maîtrise des coûts est récurrente dans l’organisation des grands événements sportifs et tout particulièrement lors des Jeux Olympiques. Mais surtout, la maîtrise du budget joue sur l’acceptabilité de l’événement. En 2016, les Jeux Olympiques, organisés à Rio de Janeiro, avaient généré d’importantes tensions sociales. Le succès de l’édition parisienne dépendra également de la capacité à anticiper certaines difficultés en matière d’hébergement.

 « Aujourd’hui les différentes informations font apparaître une augmentation des coûts »

Selon les informations du journal Le Monde, le rapport complémentaire de la Cour des comptes formule de nombreux doutes sur le respect du budget. « Aujourd’hui les différentes informations font apparaître une augmentation des coûts », confirme Michel Savin (LR) président du groupe d’étude sénatorial sur les pratiques sportives et les grands événements sportifs. Une partie de l’augmentation des coûts est due à l’inflation, sans qu’il ne s’agisse de l’unique raison. « La principale difficulté c’est que certains choix n’étaient pas mesurés. On a voulu organiser la cérémonie d’ouverture en extérieur mais, pour la sécurité, on ne sait pas encore vraiment si l’on va avoir recours à l’armée, à la police et à la gendarmerie ou à une société privée », pointe Michel Savin. Les forces de l’ordre et des opérateurs seront sollicités, pour l’armée, la situation reste incertaine concernant l’armée et dépend essentiellement de la capacité de recrutement en capacité privée.

La mobilité se trouve également au cœur des priorités puisque les sites sont disséminés à plusieurs kilomètres du village olympique. « Sur les transports, on sait déjà que l’Etat n’est pas au rendez-vous, et donc il faudra mobiliser de l’argent public pour assurer les déplacements », regrette Michel Savin. Précisons que dans le budget actuel, la part de l’investissement public est de 2,4 milliards d’euros. L’utilisation de ces fonds fait l’objet d’une attention particulière et, à ce titre, le projet de « transformation du village olympique en logement et la création de nouveaux équipements sont très positifs pour la Seine-Saint-Denis », estime Pierre-Antoine Levi, sénateur Union Centriste du Tarn-et-Garonne.

 « L’une des premières répercussions de l’augmentation du budget est l’augmentation du prix d’un grand nombre de billets »

Malgré le succès de la billetterie, Michel Savin reconnaît que « l’une des premières répercussions de l’augmentation du budget est l’augmentation du prix d’un grand nombre de billets, même si, pour beaucoup, il y avait un prix garanti de 25 euros ». La perspective de Jeux Olympiques difficilement accessibles pour la population entraînerait par la même occasion une remise en cause de la légitimité des sommes investies. « Ce qui énerve c’est qu’à chaque fois qu’on parle des Jeux Olympiques, la note augmente. C’est vrai que pour l’instant les Jeux Olympiques sont de moins en moins populaires », regrette Michel Savin en commentant le prix des billets parfois exorbitants comme pour la cérémonie d’ouverture où le prix du billet peut monter jusqu’à 2 700 euros. Outre le prix des billets, le prix des logements risque de considérablement augmenter durant la quinzaine olympique et risquant d’éloigner, de fait, certains spectateurs n’ayant pas de solutions de logement en Ile-de-France.

 « Il est inutile d’inquiéter des étudiants qui sont dans une situation très précaire »

« Selon les premières études que nous avons, nous attendons presque 16 millions de touristes, avec une part répartie entre les Jeux Olympiques et les Jeux Paralympiques », expliquait, fin avril, Pierre Rabadan, adjoint à la Maire de Paris, en charge du sport et des Jeux olympiques et paralympiques. Un afflux touristique important qui provoque une certaine tension autour du parc locatif francilien. Plusieurs associations étudiantes ont alerté sur l’utilisation des résidences Crous après la réception, début mai, par plusieurs locataires d’un mail les informant qu’ils devraient libérer leur chambre durant l’été 2024. Olivier Klein, ministre du logement, assure néanmoins que 3 000 places sont nécessaires et que chaque année 7 000 places sont libérées. Par ailleurs le dispositif doit être mis en œuvre sur la base du volontariat. « Mais dans ce cas-là pourquoi les étudiants ont reçu des mails leur demandant de libérer leur appartement ? Le ministre a dit que tous les locataires pourraient récupérer un logement, mais il n’a pas du tout précisé s’ils pourront récupérer leur logement à eux », détaille Pierre-Antoine Levi qui identifie un risque de solutions de relogement insatisfaisantes. « Il est inutile d’inquiéter des étudiants qui sont dans une situation très précaire, c’est un public qui a déjà beaucoup souffert, il ne faut pas qu’ils subissent l’organisation des Jeux Olympiques ».

La création des « sas d’accueil » interroge

Depuis la fin du mois de mai, l’Etat a entrepris la création de « sas d’accueil d’urgence » afin de reloger, en dehors d’Île de France, des personnes sans domicile fixe ou demandeur d’asile. La justification du dispositif s’appuie sur une tension trop importante des dispositifs d’hébergement d’urgence en Ile-de-France. « C’est un dispositif passé inaperçu, l’Etat n’a pas assez communiqué à ce propos. L’intention du relogement est louable, mais l’on ne sait pas s’il s’agit ou non d’un dispositif opportuniste, il ne faut pas que cela soit un cache-misère pour les Jeux Olympiques », juge Pierre-Antoine Levi. « Nous n’avons aucune information sur la pérennité de ce genre de dispositif, je m’étonne aussi de l’absence de lien entre les services de l’Etat et les élus locaux sur ce sujet alors que l’on sait que ce genre de sujet peut créer des tensions », continue le sénateur du Tarn-et-Garonne.

Plusieurs associations, dont la fondation Abbé Pierre, craignent que le dispositif ne dure que pour la durée de la Coupe du monde de rugby qui commence en septembre 2023 et les Jeux Olympiques. « Il y a une difficulté récurrente dans la méthode et la concertation est insuffisante », regrette Pierre-Antoine Levi. L’entrée dans la phase opérationnelle des Jeux Olympiques présente un certain nombre d’écueils par rapport à l’acceptabilité d’un événement dont l’objectif est qu’il « puisse profiter au plus grand nombre », rappelle Pierre-Antoine Levi.

 

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