IVG, lutte contre les violences sexuelles, femmes sans abri : la délégation aux droits des femmes du Sénat récompense quatre personnalités et une association

Cette année, la comédienne Judith Godrèche, la psychiatre Aurélie Tinland, le spécialiste des mouvements anti-IVG Neil Datta, l’avocate Sandra Vizzavona et le Samusocial de Paris ont été récompensés au Sénat. Les lauréats reflètent les principales thématiques des travaux menés par la délégation aux droits des femmes au cours de cette année.
Rose-Amélie Bécel

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Pour sa sixième édition, le prix de la délégation aux droits des femmes du Sénat a récompensé quatre personnalités et une association. L’occasion de « saluer l’engagement de femmes et d’hommes pour faire avancer la cause des droits des femmes », a précisé la présidente de la délégation Dominique Vérien, lors de l’ouverture de la cérémonie.

Depuis 2019, la délégation met chaque année en lumière des acteurs rencontrés lors d’auditions, de tables rondes ou de visites de terrain, qui ont « contribué par leurs actions et leur engagement à enrichir et éclairer les travaux de la délégation », a expliqué la sénatrice centriste.

Un prix pour Judith Godrèche, dont l’audition avait marqué la délégation

La comédienne et réalisatrice Judith Godrèche est la première personnalité récompensée, « pour sa participation aux travaux de la délégation sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans le cinéma ». Souffrante, elle n’était malheureusement pas présente pour recevoir sa récompense. « Toutes les sénatrices et tous les sénateurs avaient été particulièrement marqués par l’audition de Judith Godrèche. Lui remettre ce prix, c’est montrer que nous continuerons le combat tant que la protection des victimes ne sera pas pleinement assurée », a indiqué Dominique Vérien.

Lors de son audition au Sénat en février dernier, Judith Godrèche avait elle-même demandé à la délégation la mise en place d’une commission d’enquête sur les violences sexistes et sexuelles dans le cinéma. Elle a finalement été lancée à l’Assemblée nationale, mais cela n’a pas empêché la délégation sénatoriale de poursuivre ses travaux, avec l’organisation d’une table ronde sur le sujet en juin dernier.

La mission d’information sur les femmes sans abri mise à l’honneur

Deux lauréats, la psychiatre Aurélie Tinland et le Samusocial de Paris, ont également été distingués pour leurs actions en faveur des femmes sans abri. Après presque un an de travaux dans le cadre d’une mission d’information, la délégation a en effet rendu un rapport sur le sujet au début du mois d’octobre.

Aurélie Tinland est ainsi distinguée pour son travail à la tête de l’équipe mobile de psychiatrie de l’AP-HM (Assistance publique – Hôpitaux de Marseille), qui réalise des maraudes à la rencontre de sans-abri atteints de troubles mentaux. Les sénatrices et sénateurs de la délégation l’avaient rencontrée à l’occasion d’un déplacement à Marseille. « Vos propos nous avaient glacés lors de notre visite », a raconté Dominique Vérien, « au bout d’un an passé à la rue, vous dites que 100 % des femmes ont subi un viol ». En recevant son prix, la psychiatre a salué le rapport de la délégation : « La sensation d’être entendue, c’est ce qu’il s’est passé pour moi quand j’ai lu vos travaux. Cela fait des années qu’on lance l’alerte et qu’on a l’impression qu’il ne se passe rien. »

La délégation sénatoriale a également décerné un prix au Samusocial de Paris, représenté lors de la cérémonie par sa directrice générale Vanessa Benoit. L’association gère notamment les appels au 115 dans la capitale, mais organise aussi des maraudes et a créé plusieurs dispositifs pour accompagner les femmes sans abri, notamment des bains-douches qui leur sont spécialement dédiés. Vanessa Benoit a remercié la délégation « pour le symbole que représente la venue du Samusocial » au Sénat : « C’est le palais de la République qui accueille les invisibles ».

L’année de la constitutionnalisation de l’IVG, deux lauréats distingués

Les sénatrices et sénateurs ont aussi remis un prix à Neil Datta, spécialiste des mouvements anti-IVG et directeur exécutif du Forum parlementaire européen pour les droits sexuels et reproductifs. Il y a un an, à l’occasion d’une table ronde sur l’accès à l’avortement dans le monde, Neil Datta était intervenu au Sénat pour dresser le portrait des mouvements anti-IVG actifs partout en Europe. « Vous nous avez rappelé qu’une vigilance de tous les instants est nécessaire », a expliqué Dominique Vérien. De son côté, Neil Datta a fait part de son émotion d’être récompensé : « C’est la première reconnaissance de notre travail par une instance d’importance comme le Sénat français. »

La délégation aux droits des femmes a aussi décidé de remettre un prix spécial à Sandra Vizzavona, auteure de Interruption, l’avortement par celles qui l’ont vécu, un ouvrage qui rassemble les témoignages de femmes ayant avorté. L’avocate de profession avait rencontré la délégation à l’occasion d’une représentation de l’adaptation de son livre au théâtre. « Lorsque j’ai entamé l’écriture de mon livre, je n’avais pas l’intention de militer, mais en découvrant la fragilité de l’accès à l’avortement je me suis engagée dans une parole politique », a-t-elle expliqué. Un prix spécial qui résonne tout particulièrement, alors que la France est devenue en 2024 le premier pays au monde à reconnaître dans sa Constitution la liberté de recourir à l’avortement.

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