Génération 2017, la politique autrement ?

Génération 2017, la politique autrement ?

« Dégagisme », ras-le-bol, changement d'ère…avec l’élection d’Emmanuel Macron, et celle d’une Assemblée nationale rajeunie et féminisée, le renouvellement a marqué l’année politique. Une année inédite qui a vu une nouvelle génération accéder au pouvoir, et de nouveaux militants s’intéresser à la politique, et pas seulement dans le mouvement de la « république en marche ». Cédric Villani, Étienne, ou Lou, qu’ils soient connus, ou inconnus quelles sont les raisons de leur engagement, leurs ambitions, portrait d’une génération bien décidée à prendre le pouvoir.
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Étienne Mercier, 19 ans, militant chez les républicains

Pour Etienne "la fougue de la jeunesse" peut changer les choses
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Ce soir-là il n’a pas été au dépouillement du second tour, il a préféré aller au concert d’un de ses amis qui était sur la scène du Bataclan. Étienne a 19 ans et milite depuis toujours. Enfin depuis qu'il a eu l'âge d'intégrer un parti politique, en l’occurrence celui « des républicains » il y a un an à sa majorité : « Je fais partie d'une famille nombreuse où on a toujours discuté de politique locale et nationale, et j’aime la confrontation des idées » lâche-t-il installé devant un bureau d’écolier une carte de France au mur. Son engagement précoce s’est renforcé au moment projet de loi pour « le mariage pour tous » qu’il combat avec la vigueur de ceux qui pensent « que la préservation de la vie de sa conception naturelle à sa mort naturelle » vaut plus que tout. Après deux mandats au conseil municipal des jeunes il a choisi de sauter dans le grand bain. À droite une évidence, et chez les républicains un parti « traditionnel » pour son efficacité : « On est rassuré, on sait qu’il y a une machine derrière »…une machine qui à l’heure du « grand renouvellement » s’est enrayée. À Levallois-Perret c’est le candidat de la « république en marche qui a été élu » avec le soutien du maire Patrick Balkany.
 

Il veut lancer son association

Un échec qui n’a pas entamé la volonté d’Étienne, même si on engagement auprès du candidat les républicains lui a valu l’opprobre de ses anciens amis de la majorité municipale qui lui ont tourné le dos. « C’est assez dur quand on a 19 ans d’être au milieu de la guerre des ego ». Une violence politique qui a endurci Étienne. Déjà fatigué par les luttes internes il veut lancer une association locale – il ne parle pas de parti — pour parler des questions locales : « sur l’écologie notamment, à droite on pense encore que c’est un sujet pour les bobos de gauche, mais moi je suis d’une génération où ce sujet est important ». Son ambition peser sur le prochain scrutin municipal de 2020…Toute une ambition dans la ville gérée depuis par Patrick Balkany depuis 2001.

 

Lou Welgryn, 22 ans, candidate aux législatives pour « Allons enfants »

Lou : " Je ne me moquerai plus jamais de Jean-François Copé"
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Lou Welgryn elle a choisi de s’engager parce qu’elle ne se retrouvait plus dans les partis traditionnels. Une déception devenue moteur de son engagement. « j’avais une conscience écologique, elle est à la base de mon engagement. Je me demandais comment on peut aller dans le mur sans vouloir changer les choses ? Quand on aura des masques à gaz ce sera trop tard pour décider de changer les choses. Je me disais que je ne pouvais pas rester dans mon camp sans rien faire, j’avais besoin d’agir. »

Aujourd’hui à 22 ans cette étudiante a rejoint « Allons enfants ». Un mouvement qui se veut « transpartisans », le fameux « ni droite, ni gauche » à l’opposé des formations traditionnelles et qui s’appuie sur des jeunes actifs de 18 à 25 ans. « Dans les partis traditionnels on n’est pas mis en avant, on n’est pas force de proposition, certains disent même que les jeunes sont là pour coller des affiches, c’est pour ça que j’ai rejoint allons enfants (…) et puis on en a assez des politiques qui font carrière, à « Allons enfants » on pense que quand tu es rentré à 18 ans, à 25 ans il faut passer à autre chose »

Passer par la politique ne pas y faire carrière

Candidate dans la  cinquième circonscription de Paris, Lou a fait campagne avec les moyens du bord c'est-à-dire pas grand-chose. Une économie de moyens qui stimule l’imagination. Affiches en noir et blanc imprimées sur du papier de couleur, utilisation massive des réseaux sociaux mais aussi les incontournables distributions de tracts dans la rue. Pour son père François, c’est une fierté : « C’est super qu’elle s’engage, nos parents ont changé les choses, cette fameuse génération de 68 et nous j’ai le sentiment qu’on a regardé les choses se détériorer sans agir, mais si on a réussi à donner à nos enfants l’envie de s’engager alors on a réussi quelque chose ». Son modèle en politique elle n’en a pas. Pas en France du moins, à l’étranger elle cite facilement Martin Luther King.

Après quelques semaines de campagne, entre deux cours, des voyages quotidien entre son école de commerce et sa circonscription en RER, les résultats sont tombés, forcément décevants. La benjamine du scrutin a terminé bonne dernière avec seulement 0,4 % des voix, loin derrière Benjamin Griveaux de « la république en marche ». Ce qui plein de philosophie sur un engagement récent fait dire à Lou «  Je ne me moquerais plus jamais des scores de Jean-François Copé ».

 

Cédric Villani, 43 ans, député élu de « la république en marche »

Les espoirs du nouveau député LREM Cédric Villani
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Enfin il y a Cédric Villani, pas vraiment un petit nouveau dans le paysage politique, mais candidat pour la première fois. Mathématicien reconnu mondialement, il a toujours gravité dans la sphère publique. Il n’en revendique pas moins l’étiquette de la société civile. «  Mon engagement ne s'est pas fait sur un coup de tête depuis 2010 j’étais engagé dans des mouvements proeuropéens. C’est dans ce contexte que j’ai rencontré Emmanuel Macron en 2013 alors qu’il n’était pas connu des médias.  Quand « en marche » est arrivé j’ai constaté que c’était ce qu’il me fallait : un mouvement proeuropéen, et des gens qui pensent que des spécialistes ont un rôle à jouer dans la vie politique. Alors je me suis engagé ». Comme lui il pense que beaucoup de Français sont prêts à faire de la politique, encore faut-il qu’ils dépassent cette appréhension, celui où l’on fait face « à ce moment de vérité qu’est le suffrage universel. On se dit qu’il y a des risques pour votre tranquillité, votre vie personnelle. Il y a une prise de risque parce qu’on est très regardé ».

Le mouvement la république en marche, détaille-t-il, « donne la parole politique à des non politiques, et j’en suis un bon exemple ». Une figure nouvelle et largement médiatisée, et qui lui a permis d’être élu loin devant l’adversaire des « républicains » dans la 5e circonscription de l’Essonne

Les spécialistes au secours de la politique

Une carrière ? Dans trente ans il l’assure il ne sera plus la d’ailleurs « la république en marche » plaide pour la limitation des mandats dans le temps : « pas plus de trois mandats maximum ».
À l’issue de son mandat, il souhaite être jugé sur la sincérité de son engagement, et sa volonté de bien faire. Enfin il l’assure les mathématiques et les sciences ont un rôle à jouer dans la compréhension des enjeux de notre temps. Il est prêt à diffuser ses connaissances. Cédric Villani vient d’être nommé président de l’office parlementaire des choix scientifiques et technologiques. Un bon début.

 

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