PARIS: UNEDIC, prevision financieres de l assurance chomage
Siege de l UNEDIC. UNEDIC, prevision financieres de l assurance chomage . Paris, FRANCE-21/02/2023.//04MEIGNEUX_meigneuxA047/Credit:ROMUALD MEIGNEUX/SIPA/2302221006

Assurance chômage : les vrais chiffres sur les chômeurs

La France compte actuellement 3 millions de personnes sans emploi en recherche active, avec un taux de chômage des jeunes nettement supérieur. 2,6 millions de personnes perçoivent une indemnité chômage, dont le montant moyen est de 1.033 euros. Et beaucoup de chômeurs sont en réalité loin de profiter de la situation. 51 % des allocataires de l’assurance chômage travaillent en partie. Et 75 % des demandeurs d’emploi sont au chômage depuis moins de 1 an.
François Vignal

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Pour le gouvernement, la réforme de l’assurance chômage, c’est « jamais deux sans trois ». Malgré deux révisions des règles, appliquées en 2021 puis tout récemment en 2023, Gabriel Attal s’est engagé mercredi à faire « une vraie réforme, plus globale, de l’assurance chômage ». Les deux principales pistes : réduire la durée d’indemnisation de plusieurs mois, et jouer sur le temps travaillé nécessaire pour ouvrir l’accès aux droits. Troisième idée, qui a moins les faveurs du premier ministre : réviser à la baisse le niveau de l’indemnisation, ou les réduire au bout d’un certain temps. Outre des économies, l’objectif du gouvernement est d’inciter plus fortement les chômeurs à reprendre un emploi.

Si on parle beaucoup des chômeurs, qui sont-ils et que disent les chiffres ? Les données montrent que plusieurs réalités cohabitent. Il n’existe pas un profil type du demandeur d’emploi, mais des demandeurs d’emploi.

  • Le nombre de chômeurs en France : un chiffre qui varie selon les modes de calcul

Selon l’Insee, le nombre de demandeurs d’emploi en France (hors Mayotte) s’établit au quatrième trimestre 2023 à 2,3 millions de personnes, soit 29.000 de plus par rapport au trimestre précédent. Le taux de chômage s’établit ainsi à 7,5 % de la population active. Mais attention, c’est le chiffre au sens du BIT (Bureau international du travail). Il permet des comparaisons internationales.

Ce qui ne facilite pas la lecture des données, c’est que France Travail (ex-Pôle Emploi) ne calcule pas les chômeurs de la même manière (pour en savoir plus sur ces différences de calcul, voir les explications de l’Insee). Et pour compliquer les choses, France Travail définit plusieurs catégories de demandeurs d’emploi.

La catégorie A, soit les personnes sans emploi et en recherche active, rassemble 2,8 millions de personnes au quatrième trimestre 2023 en France métropolitaine. En comptant l’Outre-Mer (mais hors Mayotte), la France compte actuellement 3 millions de chômeurs en catégorie A.

Si on compte aussi les catégories B et C, soit les personnes qui ont travaillé en partie, le nombre de personnes inscrites à France Travail s’établit à 5,1 millions en France métropolitaine. Soit 2,3 millions de chômeurs qui travaillent partiellement ou qui alternent courtes périodes de travail et chômage. En comptant les Outre-Mer, le nombre de chômeurs de catégorie A + B + C est de 5,4 millions.

La catégorie B rassemble les personnes ayant travaillé moins de 78 heures dans le mois. La catégorie C rassemble ceux qui ont travaillé plus de 78 heures dans le mois. Il existe aussi une catégorie D (demandeur d’emploi en formation ou en maladie) et une catégorie E (bénéficiaires de contrats aidés, créateurs d’entreprise). Ces catégories D et E totalisent 728.900 personnes. Soit, quand on ajoute toutes les catégories, 6,1 millions de personnes inscrites à France Travail.

  • Le taux de chômage des jeunes nettement supérieur

L’Insee souligne que « le taux de chômage des jeunes est nettement supérieur à celui du reste de la population. En 2023, il atteint 17,2 % en moyenne sur l’année chez les 15-24 ans, contre 6,7 % chez les 25-49 ans et 5,1 % chez les 50 ans ou plus ».

  • Presque autant de femmes que d’hommes au chômage

Avec 7,5 %, le taux de chômage des hommes est proche de celui des femmes (7,2 %). Dans les années 2000, le taux de chômage des femmes était nettement supérieur à celui des hommes, avant que les deux courbes ne se rapprochent sensiblement après la crise de 2008. Entre 2012 et 2016, le taux des hommes était devenu légèrement supérieur.

  • Un taux de chômage plus élevé pour les moins diplômés

Quand on regarde selon le niveau de diplôme, c’est sans surprise les personnes qui n’ont aucun diplôme ou juste le brevet des collèges qui sont le plus au chômage, avec 13,3 %, contre 5,0 % pour ceux diplômés du supérieur. Pour les titulaires d’un BEP ou CAP, ce taux se situe à un niveau intermédiaire (7,3 %) et un peu plus pour ceux au niveau baccalauréat (8,8 %).

  • Plus de chômeurs dans le Nord-Est et le Sud-Est

En métropole, le taux de chômage est le plus élevé dans les Hauts-de-France, avec 9,3 % fin 2023 (dont 10,7 % dans l’Aisne), suivi de l’Occitanie (8,9 % dont 12,4 % dans les Pyrénées-Orientales, département au taux le plus élevé, hors Outre-Mer), de PACA (8,2 %) et du Grand Est (7,4 %). Le taux de chômage est le plus bas dans les Pays-de-la-Loire (5,9 %), suivi de la Bretagne (6,1 %). En Ile-de-France, il est de 7,2 % (avec un taux de 5,9 % à Paris contre 10,6 % en Seine-Saint-Denis).

  • 75 % des demandeurs d’emploi sont au chômage depuis moins de 1 an

Le temps passé au chômage varie. Une grande majorité des demandeurs d’emploi ne reste que quelques mois au chômage. Toujours selon l’Insee, « en 2023, 75 % des chômeurs sont au chômage depuis moins de 1 an et 59 % depuis moins de 6 mois ».

Mais « à l’opposé, 25 % sont au chômage depuis 1 an ou plus. On parle alors de chômeurs de « longue durée ». 12 % des chômeurs le sont depuis au moins 2 ans. On parle alors de chômeurs de « très longue durée » », précise l’Insee.

  • 2,6 millions de personnes perçoivent une indemnité chômage

Les chiffres de l’Unedic, l’association qui gère le régime d’assurance chômage, sous la houlette des partenaires sociaux (syndicats et patronat), sont également instructifs. « Au troisième trimestre 2023, 6,1 millions de demandeurs d’emploi sont inscrits à France Travail (-1 % sur un an) », précise l’Unedic sur son site. Ce qui recoupe les chiffres des catégories A + B + C (5,4 millions) et D + E (0,7 million), soit un total de 6,1 millions.

« L’assurance chômage, au troisième trimestre 2023, prend en charge 3,7 millions de personnes, dont 2,6 millions étaient indemnisées », précise l’Unedic. Pour comprendre le décalage avec les 3 millions de personnes inscrites en catégorie A, l’Unedic précise que « l’appartenance à cette catégorie n’implique pas nécessairement une indemnisation par l’assurance chômage ».

  • Une allocation moyenne de 1.033 euros

Concernant le montant moyen de l’allocation mensuelle nette versée, il est de 1033 euros au troisième trimestre 2023, précise l’organisme paritaire. « Les allocataires qui travaillent et cumulent leur revenu avec une allocation (dans la limite de leur salaire perdu) touchent en moyenne 887 euros d’allocation et les allocataires qui ne travaillent pas du tout dans le mois perçoivent en moyenne 1111 euros », précise l’Unedic.

  • La moitié des allocataires de l’assurance chômage travaillent

Elément intéressant à avoir en tête : « A la fin du troisième trimestre 2023, 51 % des allocataires pris en charge travaillent une partie du mois tout en étant inscrits à Pôle emploi », écrit l’Unedic. « Quand on stigmatise les chômeurs en leur reprochant de ne pas chercher d’emploi, il convient d’avoir ce chiffre en tête », affirmait le 20 mars dernier la vice-présidente de l’Unédic, Patricia Ferrand (CFDT), lors d’une audition devant le Sénat.

L’association précise que « cette proportion s’est stabilisée depuis deux années à un niveau plus élevé qu’avant la réforme 2021, en lien avec le dynamisme du marché du travail et l’incitation à travailler avec des allocations plus basses ».

L’Unedic note par ailleurs que « les réformes de l’Assurance chômage entrées en vigueur en 2021 touchent prioritairement les intérimaires, les personnes en fin de CDD et les jeunes. En effet, 9 intérimaires sur 10 et la moitié des jeunes ont été impactés par ces réformes ».

  • La majorité des allocataires qui travaillent ont des revenus modestes voire très modestes

L’Unedic s’est penchée sur ces allocataires de l’assurance chômage qui travaillent. Une étude menée en 2018 donne une idée de leur profil. Globalement, « toutes les classes d’âge sont représentées. Il y a un peu plus de femmes que d’homme. On retrouve toutes les catégories de diplôme, les catégories sociales. Ce sont plus souvent les habitants de grandes agglomérations », explique sur le site de l’Unedic Emilie Daudey, responsable du département études de l’organisme paritaire. Mais « le point le plus marquant, c’est qu’ils vivent dans des foyers où les revenus sont modestes voire très modestes. 40 % vivent en dessous du seuil de pauvreté et 90 % en dessous du niveau de vie médian de la population française », précise la responsable.

Certains ont trop travaillé dans le mois pour être indemnisés (57 % dans l’étude) et 43 % cumulent chômage et travail. 29 % ont un contrat de courte durée (CDD ou intérim de moins d’un mois) et 20 % ont un CDI à temps plein ou à temps partiel.

Leurs motivations sont « d’augmenter leur chance d’être embauchés, se sentir actif, utile ou rencontrer d’autres personnes ». Deux tiers aimeraient travailler plus. Les autres ne peuvent pas le faire en raison de contrainte, comme la garde d’enfant, ou des difficultés de transports. Seuls 4 % ne travaillent pas plus afin de bénéficier de « temps pour leurs activités personnelles ».

  • Les allocataires « profitent-ils » du chômage ?

Sur ce point, l’Unedic décrit une situation à l’inverse de l’image souvent véhiculée par une partie de la classe politique. « Les demandeurs d’emploi indemnisés recherchent majoritairement à retrouver un emploi. Ils ne consomment pas l’intégralité de leurs droits pour reprendre un emploi : ils consomment 68 % de leurs droits en moyenne, soit 10 mois. Et 7 allocataires sur 10 sont indemnisés moins d’un an », souligne l’organisme qui gère l’assurance chômage.

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