Le but des campagnes de désinformation est « d’envoyer les gens vers les mouvements extrémistes », selon le porte-parole du Parlement européen

En pleine campagne des élections européennes, et dans le contexte de la guerre en Ukraine, les opérations de désinformation et cyberattaques de la Russie contre les pays européens se multiplient. Sommes-nous bien protégés ? C’est le sujet cette semaine de notre débat dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24 et Public Sénat.
Alexandre Poussart

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« 2000 soldats français envoyés en Ukraine ». Cette fausse information, diffusée cette semaine sur Internet par le régime russe, et démentie rapidement par le ministère des Affaires étrangères français, n’est qu’une attaque dans la vaste guerre de désinformation que mène Moscou à l’Union européenne.

La désinformation, « une menace systématique »

« Cette menace monte depuis des années et elle devient systématique. La désinformation est un instrument utilisé par la Russie, mais également par d’autres acteurs, pour atteindre des objectifs tactiques à court terme, mais aussi déployer une stratégie de long terme de déstabilisation de nos démocraties », explique Lutz Güllner, chef de la communication stratégique du Service européen d’action extérieure qui dépend de la Commission européenne, et qui travaille sur la désinformation et les ingérences extérieures.

« On le voit dans certaines élections nationales en Europe, comme récemment en Slovaquie : L’idée de ces opérations de désinformation est de véhiculer un message selon lequel le processus électoral serait truqué, il ne faudrait pas aller voter », ajoute l’Espagnol Jaume Duch Guillot, porte-parole du Parlement européen et directeur de la communication de cette institution. « Le but est aussi de polariser le débat sur des sujets importants, de durcir la confrontation, pour envoyer les gens vers les mouvements extrémistes. »

Une opération de clonage des grands journaux européens

Et Lutz Güllner de détailler l’opération de désinformation à fort impact, baptisée opération Doppelganger. « Il s’agissait de cloner les sites internet de 17 grands médias européens, comme celui du journal Le Monde, mais de changer les contenus en y diffusant des fausses informations ou de la propagande. Cela a atteint une audience qui n’était normalement pas ouverte à ce type de messages mais qui a donc contribué à leur amplification. Mon service a repéré ce réseau avec l’aide des autorités françaises. »

La Finlande résiste bien à la désinformation russe

Certains pays européens sont davantage la cible de désinformation, pilotée par la Russie, comme son voisin la Finlande, qui a rejoint l’OTAN en 2023, mais la population y résiste bien, selon Guillaume Kuster, un Français, fondateur de Check first, une start-up finlandaise qui aide les citoyens, les journalistes et les entreprises à se protéger contre la désinformation. « Les Finlandais restent très résilients et méfiants contre toute information qui pourrait venir de la Russie, le grand voisin très puissant qui a déjà tenté de les écraser dans leur Histoire. Il y a une bonne éducation à l’information sur les réseaux sociaux, les jeunes Finlandais ont un smartphone, en moyenne, dès 7 ans, et savent bien distinguer les mauvaises des bonnes sources d’information. Mais malgré tout, et on l’a vu lors de la dernière élection présidentielle en Finlande en janvier dernier, les plateformes digitales et moteurs de recherche proposent davantage de contenus liés à l’extrême droite. Un citoyen qui veut s’informer de manière neutre a du mal à le faire. »

Des lois pour responsabiliser les plateformes numériques

Justement, le Parlement européen a légiféré ces dernières années pour contraindre les plateformes à lutter contre la désinformation, avec la directive européenne sur le numérique, (en anglais Digital services act). « Ce texte oblige les plateformes à contrôler les contenus que font circuler les utilisateurs. Et puis le Parlement européen vient d’adopter un texte sur l’intelligence artificielle pour éviter l’utilisation de cette technologie dans un but de désinformation », explique Jaume Duch Guillot.

Des cyberattaques « d’une intensité inédite »

Toujours dans un but de déstabilisation, les pays européens sont la cible de plus en plus de cyberattaques. Le gouvernement français a d’ailleurs informé que la France faisait ces derniers jours l’objet de cyberattaques « d’une intensité inédite », comme en témoigne l’attaque informatique qui a touché France Travail, la structure publique pour retrouver un emploi.

Cette menace cyber va-t-elle perturber les institutions européennes, en pleine campagne électorale ?

« Ce n’est pas un secret, toutes les institutions européennes font l’objet de tentatives d’attaques mais elles échouent car nous améliorons en permanence nos systèmes de protection cyber », assure Jaume Duch. « Lors des dernières élections européennes en 2019, on craignait que le scrutin soit perturbé mais cela n’a pas été le cas, et en 2024, ce ne sera pas le cas. »

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