Le but des campagnes de désinformation est « d’envoyer les gens vers les mouvements extrémistes », selon le porte-parole du Parlement européen

En pleine campagne des élections européennes, et dans le contexte de la guerre en Ukraine, les opérations de désinformation et cyberattaques de la Russie contre les pays européens se multiplient. Sommes-nous bien protégés ? C’est le sujet cette semaine de notre débat dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24 et Public Sénat.
Alexandre Poussart

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« 2000 soldats français envoyés en Ukraine ». Cette fausse information, diffusée cette semaine sur Internet par le régime russe, et démentie rapidement par le ministère des Affaires étrangères français, n’est qu’une attaque dans la vaste guerre de désinformation que mène Moscou à l’Union européenne.

La désinformation, « une menace systématique »

« Cette menace monte depuis des années et elle devient systématique. La désinformation est un instrument utilisé par la Russie, mais également par d’autres acteurs, pour atteindre des objectifs tactiques à court terme, mais aussi déployer une stratégie de long terme de déstabilisation de nos démocraties », explique Lutz Güllner, chef de la communication stratégique du Service européen d’action extérieure qui dépend de la Commission européenne, et qui travaille sur la désinformation et les ingérences extérieures.

« On le voit dans certaines élections nationales en Europe, comme récemment en Slovaquie : L’idée de ces opérations de désinformation est de véhiculer un message selon lequel le processus électoral serait truqué, il ne faudrait pas aller voter », ajoute l’Espagnol Jaume Duch Guillot, porte-parole du Parlement européen et directeur de la communication de cette institution. « Le but est aussi de polariser le débat sur des sujets importants, de durcir la confrontation, pour envoyer les gens vers les mouvements extrémistes. »

Une opération de clonage des grands journaux européens

Et Lutz Güllner de détailler l’opération de désinformation à fort impact, baptisée opération Doppelganger. « Il s’agissait de cloner les sites internet de 17 grands médias européens, comme celui du journal Le Monde, mais de changer les contenus en y diffusant des fausses informations ou de la propagande. Cela a atteint une audience qui n’était normalement pas ouverte à ce type de messages mais qui a donc contribué à leur amplification. Mon service a repéré ce réseau avec l’aide des autorités françaises. »

La Finlande résiste bien à la désinformation russe

Certains pays européens sont davantage la cible de désinformation, pilotée par la Russie, comme son voisin la Finlande, qui a rejoint l’OTAN en 2023, mais la population y résiste bien, selon Guillaume Kuster, un Français, fondateur de Check first, une start-up finlandaise qui aide les citoyens, les journalistes et les entreprises à se protéger contre la désinformation. « Les Finlandais restent très résilients et méfiants contre toute information qui pourrait venir de la Russie, le grand voisin très puissant qui a déjà tenté de les écraser dans leur Histoire. Il y a une bonne éducation à l’information sur les réseaux sociaux, les jeunes Finlandais ont un smartphone, en moyenne, dès 7 ans, et savent bien distinguer les mauvaises des bonnes sources d’information. Mais malgré tout, et on l’a vu lors de la dernière élection présidentielle en Finlande en janvier dernier, les plateformes digitales et moteurs de recherche proposent davantage de contenus liés à l’extrême droite. Un citoyen qui veut s’informer de manière neutre a du mal à le faire. »

Des lois pour responsabiliser les plateformes numériques

Justement, le Parlement européen a légiféré ces dernières années pour contraindre les plateformes à lutter contre la désinformation, avec la directive européenne sur le numérique, (en anglais Digital services act). « Ce texte oblige les plateformes à contrôler les contenus que font circuler les utilisateurs. Et puis le Parlement européen vient d’adopter un texte sur l’intelligence artificielle pour éviter l’utilisation de cette technologie dans un but de désinformation », explique Jaume Duch Guillot.

Des cyberattaques « d’une intensité inédite »

Toujours dans un but de déstabilisation, les pays européens sont la cible de plus en plus de cyberattaques. Le gouvernement français a d’ailleurs informé que la France faisait ces derniers jours l’objet de cyberattaques « d’une intensité inédite », comme en témoigne l’attaque informatique qui a touché France Travail, la structure publique pour retrouver un emploi.

Cette menace cyber va-t-elle perturber les institutions européennes, en pleine campagne électorale ?

« Ce n’est pas un secret, toutes les institutions européennes font l’objet de tentatives d’attaques mais elles échouent car nous améliorons en permanence nos systèmes de protection cyber », assure Jaume Duch. « Lors des dernières élections européennes en 2019, on craignait que le scrutin soit perturbé mais cela n’a pas été le cas, et en 2024, ce ne sera pas le cas. »

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Bourgoin-Jallieu  demonstation against sexual violence targeting women and children
6min

Politique

Loi intégrale contre les violences sexuelles : « Que le gouvernement aborde l'examen de ce texte avec humilité et en ayant en tête son bilan », enjoint Laurence Rossignol

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé l'inscription de la proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles comme premier texte de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale lors de la reprise de la session ordinaire, début octobre. Ce texte de 69 articles est inspiré des 140 propositions élaborées par une coalition d'associations féministes et de défense des droits des enfants. Le meurtre dramatique de la jeune Lyhanna avait mis la pression sur l'exécutif, poussé par l'opposition de gauche et le bloc central, à aborder les violences sexuelles et sexistes dans une approche systémique.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : suivez le premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
7min

Politique

Présidentielle 2027 : une multitude de candidats mais combien seront-ils réellement sur la ligne de départ ?

À huit mois de l’élection présidentielle, la course à l’Élysée donne l’impression d’une compétition sans limite. Une trentaine de personnalités, déclarées, pressenties ou envisagées, ambitionnent déjà de se présenter. Mais entre les primaires, le financement des campagnes et surtout les 500 parrainages d’élus nécessaires, la liste devrait rapidement se réduire.

Le

Photo illustration collage affiches election presidentielle de 2027
5min

Politique

Présidentielle : et si les électeurs français étaient moins indécis qu’on ne le pense ?

Une étude de Terra Nova en partenariat avec Cluster 17 sortie ce mercredi étudie la structure de l’électorat français à quelques mois de la présidentielle. Elle décrit des électeurs répartis en cinq blocs politiques. Si la porosité entre eux est possible, elle est plus probable entre blocs voisins. Si aucune majorité ne se dégage des estimations du premier tour, au second, le modèle prédit une victoire de Marine Le Pen dans tous les cas.

Le

Paris: The senate vote on an amendment of a government plan to enshrine the « freedom » to have an abortion in the French Constitution
11min

Politique

« La disparition de François Patriat nous ressoude encore plus » : confiant sur son maintien lors des sénatoriales, le groupe RDPI face à l’après Macron

Avec le décès de François Patriat, qui dirigeait le groupe macroniste depuis sa création en 2017, le RDPI, dont plus de la moitié des membres est renouvelable, aborde les sénatoriales dans des conditions très spéciales. Mais la disparition du fidèle d’Emmanuel Macron vient aujourd’hui resserrer les liens. Des questions se poseront plutôt après la présidentielle, où la « recomposition au centre » pourrait concerner le groupe, qui va avant se trouver un nouveau président. Plusieurs noms circulent.

Le