En cas de censure de la loi immigration, Les Républicains proposeront de modifier « le cadre constitutionnel »

Annie Genevard, députée du Doubs, défend la nécessité de modifier le cadre constitutionnel en cas de censure partielle de la loi immigration par le Conseil constitutionnel, dont la décision sera rendue aujourd’hui, invoquant un plébiscite des Français sur les mesures contenues dans le texte de loi.
Hugo Ruaud

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

C’est l’épilogue de la loi immigration, votée dans la douleur par la majorité au mois de décembre. Jeudi vers 16 h 30, le Conseil constitutionnel doit rendre son avis et déclarer compatibles ou non les différents articles du texte avec la Constitution de la Ve République. Plusieurs mesures sont menacées, à l’instar des restrictions du regroupement familial, de l’accès aux prestations sociales, ou encore la fin de l’automaticité du droit du sol, toutes introduites par la droite sénatoriale durant la navette parlementaire et symboles, selon la gauche, de la « victoire idéologique » de Marine Le Pen sur la majorité. En cas de censure partielle par le Conseil constitutionnel, la loi serait tout de même promulguée, mais amputée des dispositions jugées anticonstitutionnelles. Selon le député Sacha Houlié, une trentaine de dispositions pourraient être concernées. Mais rien ne dit que la décision du Conseil constitutionnel permettra de tourner la page du texte pour la majorité. Ce pourrait être au contraire le moment pour la droite et l’extrême droite, non pas de se plier à l’avis de la juridiction, mais de vouloir modifier la Constitution.

Une censure serait « un échec » pour les Français

 

Annie Genevard, secrétaire générale Les Républicains, annonce la couleur sur Public Sénat : il faudra « courageusement » admettre que « le cadre constitutionnel ne permet pas de traiter » l’immigration, et se mettre « autour de la table » pour « réfléchir à la façon de faire bouger les lignes en la matière ». Pour la députée du Doubs, le « double jeu » de la majorité sur l’immigration est délétère. La droite parlementaire fustige en effet « le renoncement et la lâcheté » – selon les mots d’Annie Genevard – de la majorité qui a choisi de voter la loi en utilisant le Conseil constitutionnel comme juge de paix en comptant sur la censure des articles les plus à droite. C’est ce qu’a esquissé le président de la République Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse, évoquant les « éventuelles erreurs » du texte voté en décembre. En tout, quatre saisines ont été déposées sur ce texte : une saisine blanche déposée par le président de la République, une saisine formulée par la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun Pivet, et deux autres saisines, déposées respectivement par les députés et les sénateurs de gauche. Une aberration selon Annie Genevard, qui considère qu’une censure, même partielle, du texte, serait « un échec pour les Français, qui plébiscitent largement les mesures votées par la droite ». Pour l’élue, une censure signifierait que « définitivement, la France ne pourrait pas recouvrer sa souveraineté en matière migratoire ».

Pas de cavalier législatif selon LR

 

Pour mettre la pression sur le Conseil constitutionnel et avancer leurs arguments, ils ont transmis, mi-janvier « un mémoire très précis » à l’institution « pour montrer que de notre point de vue, ces mesures ne sont pas anticonstitutionnelles », précise Annie Genevard. Car de leur côté, les adversaires de la loi immigration comptent en grande partie sur la notion de « cavalier législatif » pour contester la constitutionnalité du texte. Un « cavalier législatif » est un texte sans lien avec l’objet de la loi initialement déposée. Un argument qu’Annie Genevard trouve nul et non avenu : « Toutes les mesures que nous avons fait adopter ont une relation avec la question de l’immigration et de l’intégration, qu’il s’agisse du délit de séjour irrégulier, du titre de séjour étranger malade, de l’absence d’automaticité d’acquisition de la nationalité française », énumère l’élue. Autre argument de la secrétaire générale Les Républicains, ces mesures « ont été adoptées dans le passé, et jugées constitutionnelles », avant que la gauche ne les supprime. Aucune raison, donc, selon Annie Genevard, que le Conseil constitutionnel censure partiellement le texte. Mais Les Républicains risquent de perdre en crédibilité politique, si leur texte est désavoué par le Conseil constitutionnel. Ayant proposé puis voté des textes anticonstitutionnels, ils s’exposeraient à un procès en amateurisme. Dans cette optique, recentrer le débat sur les éventuelles lacunes de la Constitution est aussi une façon de ne pas perdre la face.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Loi Yadan contre l’antisémitisme : les sénateurs dubitatifs à l’annonce de la reprise en main du gouvernement

Après le retrait à l’Assemblée nationale de la proposition de loi portée par la députée Renaissance Caroline Yadan, le gouvernement va reprendre la main et présentera un projet de loi sur la lutte contre l’antisémitisme devant le Sénat avant l’été. L’exécutif compte sur un accueil plus favorable à la chambre haute où la droite et le centre sont majoritaires. Mais les relations entre la majorité sénatoriale se sont tendues ces derniers temps.

Le

Paris: French Government Weekly Cabinet Meeting
3min

Politique

1er mai : boulangeries et fleuristes « indépendants » pourront faire travailler leurs salariés dès cette année, annonce Sébastien Lecornu

Le Premier ministre a mis sur la table, vendredi, un nouveau projet de loi d’élargissement du travail le 1er mai, uniquement ouvert aux boulangeries et fleuristes « indépendants et artisanaux ». En attendant son adoption formelle, il a assuré que des consignes seront données pour qu’aucun contrôle ne vienne entraver le travail de leurs salariés cette année.

Le

Festival Du Livre 2025
2min

Politique

Crise chez Grasset : au Festival du livre, Emmanuel Macron affiche sa volonté de défendre le « pluralisme éditorial »

En visite ce vendredi au Festival du livre, bousculé par la crise ouverte chez l’éditeur Grasset, Emmanuel Macron a voulu afficher sa défense du « pluralisme éditorial » et de « la liberté des auteurs ». Concernant la création d’une clause de conscience pour les auteurs, le Président a estimé que cela « doit se réfléchir ».

Le

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le