Le « Liberation Day » (Jour de libération), c’est aujourd’hui. Le président américain Donald Trump présente ce mercredi, après la fermeture de Wall Street, une nouvelle hausse des droits de douane au reste du monde et notamment en Europe. Ces nouvelles taxes, dites « réciproques », devraient dépendre en majorité des taxes imposées par les pays concernés sur les produits américains.
Elle fait suite aux nombreuses mesures douanières prises par le président américain depuis son investiture, le 20 janvier, à l’encontre du Canada, du Mexique, de la Chine et de l’Union européenne. Des taxes universelles sur l’acier et l’aluminium ainsi que sur les voitures ont également été instaurées. En réponse : l’Union européenne a rendu coup pour coup en taxant les matériaux industriels ainsi que des marques emblématiques comme Harley-Davidson. Lors de la précédente guerre commerciale avec les Etats-Unis, l’Union européenne avait déjà taxé des marques américaines emblématiques.
L’Union européenne a reporté à mi-avril ses mesures visant les bourbons américains. Elle souhaite, avec ce report, atténuer les menaces de droits de douane sur les vins et spiritueux, particulièrement préjudiciables pour la France et l’Italie. Donald Trump a menacé de taxer les vins et spiritueux européens à hauteur de 200 %.
Dans un discours prononcé le 1er avril devant le Parlement européen, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a pointé « l’erreur » des Américains et a annoncé la capacité de l’Union à « riposter ». « Nous attendons les annonces qui seront faites demain pour calibrer au mieux notre réponse. Notre objectif est de parvenir à une solution négociée. Mais bien évidemment, si cela s’avère nécessaire, nous protégerons nos intérêts, nos citoyens et nos entreprises ».
Interrogé ce mercredi lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le ministre délégué en charge du Commerce extérieur, Laurent Saint-Martin a déclaré se donner tout le « mois d’avril » pour trouver « une réponse proportionnée ». Il appelle les 27 pays membres de l’Union à « rester unis ».
Un excédent commercial américain de 109 milliards sur les services
Donald Trump justifie la mise en place de taxes douanières européennes à cause du déficit commercial américain sur les biens échangés. L’Union européenne est largement excédentaire sur les biens avec une balance de 157 milliards de dollars en 2023. Mais sur les services, les Etats-Unis enregistrent un excédent net global de 109 milliards de dollars. En cumulé, la balance commerciale transatlantique est relativement équilibrée avec un excédent d’à peine 50 milliards pour l’Union européenne.
C’est donc sur les services américains opérant en Europe que Bruxelles pourrait jouer sa meilleure carte. Les services concernés : les banques américaines qui font des affaires sur le Vieux continent comme JP Morgan ou Goldman Sachs. Également les géants de la tech qui engrangent des milliards dans l’Union.
Quels outils ?
Pour ce faire, l’UE peut envisager de renforcer sa législation portant sur les multinationales américaines. Suspendu en 2021, le projet européen de redevance sur le numérique (ou « taxe GAFA ») pourrait refaire surface. Le projet de loi avait laissé sa place à un impôt mondial sur les multinationales de 15 %, signé par 136 pays. Le règlement sur les marchés numériques (DMA), instauré depuis le 6 mars 2024 et qui vise à limiter la domination des géants de la tech dans l’Union pourrait également servir d’outil de rétorsion.
Mais l’instrument qui semble le plus adéquat reste l’instrument anti-coercition de Bruxelles. Approuvé par le Parlement européen le 3 octobre 2023, l’outil a pour objectif de protéger le commerce de l’UE des restrictions commerciales imposées par des pays-tiers. Le spectre des contre-mesures est large : restrictions liées au commerce, aux investissements et au financement. C’est-à-dire que l’UE peut, si elle le souhaite, interdire ou restreindre certaines entreprises à faire commerce dans l’Union.
Les géants américains soutiens de Trump
La menace d’une restriction commerciale de l’Union européenne risque de faire parler au sein de la Silicon Valley. En 2020, Amazon réalisait un chiffre d’affaires de 44 milliards d’euros en Europe. Rien qu’en France, le chiffre d’affaires du plus grand revendeur en ligne du monde s’élevait à presque 11 milliards d’euros en 2022.
Lors de l’investiture de Donald Trump, les dirigeants des plus grandes entreprises américaines ont largement affiché leur soutien au président américain. Reste à ce dernier à ne pas leur porter préjudice, en engageant une guerre commerciale avec l’Union.