Congrès du PS : tout savoir sur « la mécanique » qui mène à l’élection du premier secrétaire

Rituel du PS, le prochain congrès du Parti socialiste se tiendra à Nancy, du 13 au 15 juin. Mais d’ici là, la liturgie socialiste passe par plusieurs étapes, qui mènent jusqu’au vote désignant le premier secrétaire, le 5 juin. On vous donne les clefs pour s’y retrouver en « solpherinologie ».
François Vignal

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C’est l’une des activités favorites des socialistes : leur congrès. Souvent hauts en couleurs, parfois épiques et cataclysmiques, à l’image des congrès de Rennes (1990), de Reims (2008) ou de Marseille (2023), où les socialistes se sont déchirés, ces temps de démocratie internes sont toujours des moments clefs dans la vie du Parti socialiste. Ils permettent de définir une ligne, une stratégie et d’élire un premier secrétaire à la tête du parti.

Le PS a lancé la procédure, le 4 mars dernier, lors d’un conseil national. Elle va mener les militants socialistes jusqu’à l’élection du premier secrétaire et, en point d’orgue, le congrès de Nancy, les 13, 14 et 15 juin. Le grand raout socialiste aurait théoriquement dû se tenir en fin d’année 2024, mais la dissolution a bousculé le calendrier.

  • « Solpherinologie »

Dans l’organisation d’un congrès PS, pas toujours facile de s’y retrouver. Pour y voir clair, piqûre de rappel, ce mercredi matin, avec la secrétaire nationale à la coordination du PS, la sénatrice Corinne Narassiguin, qui a donné quelques repères pour suivre « la mécanique de ce congrès », qui va mener les « camarades » à élire leur première ou première secrétaire (voir la vidéo, images : Aurélien Romano). Bienvenue en « solpherinologie », comme sourit la responsable PS, en référence à l’ancien siège historique, que le parti a quitté en 2018. Après un passage par Ivry-sur-Seine, le parti vient de faire son retour à Paris, boulevard Saint-Martin, dans le 3e arrondissement, dans les locaux plus centraux de la campagne des européennes. Le PS loue les lieux, tout comme son ancien siège, dont il est toujours propriétaire.

  • Dépôt des contributions d’ici le 5 avril

S’il est trop tôt pour dire si on parlera de « saintmartinologie », le changement d’adresse n’a pas forcément rendu les choses plus simples. Première étape : cette semaine, c’est le temps du dépôt des contributions thématiques et des contributions générales, d’ici ce samedi 5 avril, où seront enregistrées les contributions.

  • Les contributions thématiques pour nourrir le débat

Les contributions thématiques permettent de nourrir le débat, voire le futur projet de 2027, « en choisissant un thème particulier, assez ciblé », via un texte de 15.000 signes maximum, sans exigence de nombre minimum de parrainages, depuis le congrès de Marseille, « pour ouvrir au maximum ». Hormis le premier signataire, qui doit être encarté, des personnalités qui ne sont pas membres du PS, comme des experts, peuvent signer. « C’est très libre », explique Corinne Narassiguin. Lors du congrès précédent, on comptait « plusieurs centaines de contributions thématiques ».

  • Les contributions générales, prélude aux textes d’orientation

En parallèle, sont déposées les contributions générales. Là, on rentre davantage dans le dur. « C’est la première étape dans les débats et le choix des militants ». Le texte de 30.000 signes, qui exprime une orientation politique, doit être parrainé au minimum par 15 membres titulaires du conseil national, qui est composé de 302 personnes (un collège de 200 personnes issues des équilibres du précédent congrès et un collège composé des 102 premiers secrétaires fédéraux). Ils doivent être « à jour de cotisation, c’est important ». La date limite pour déposer une contribution est fixée à ce samedi 5 avril, 9 heures. Et souvent, les textes, avec surtout leur liste complète de soutiens, arrivent au dernier moment. « Il y a déjà des rapports de force politique avec les signataires », souligne la responsable du parti. Une commission nationale d’organisation du congrès, présidée par Corinne Narassiguin, vérifiera les contributions samedi matin, avant un conseil national à huis clos, l’après-midi, où les contributions générales seront présentées.

  • Vers six contributions générales

Pour l’heure, on se dirige vers six contributions : celle du premier secrétaire sortant, Olivier Faure, qui entend rempiler ; le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, opposant numéro 1 d’Olivier Faure, qui avait perdu d’un cheveu, face à lui, lors du congrès de Marseille ; la maire de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy, qui dénonce, comme les amis de Nicolas Mayer-Rossignol, l’accord du NFP qui avait conduit le PS à se rapprocher de LFI ; plus surprenant, le président du groupe PS de l’Assemblée, Boris Vallaud, qui était aux côtés d’Olivier Faure jusqu’ici, ce qui complique les plans du premier secrétaire. Certains lui prêtent des ambitions présidentielles ; « Nouveau socialisme », avec en première signataire la trésorière du parti, ex-fauriste, Fatima Yadani, ainsi que les députés Philippe Brun et Jérôme Guedj, et les sénateurs Laurence Rossignol et Mickaël Vallet ; enfin, « Avenir socialiste », qui représente en quelque sorte l’aile gauche du PS et qui rassemble des députés qui ont voté la dernière censure, comme Fatiha Keloua-Hachi et Paul Christophle, ou Mathieu Monot, premier secrétaire de la fédération de Seine-Saint-Denis.

  • Conseil national de synthèse le 26 avril où convergent les contributions

Après trois semaines de débats sur les contributions, viendra une étape importante : le conseil national de synthèse, le 26 avril. « C’est une grande tradition du PS, la synthèse », rappelle Corinne Narassiguin. L’objectif est que les contributions puissent éventuellement mener à des « des convergences » qui donneront les fameux textes d’orientation, ou « TO ». Les habitués du parti au poing et à la rose, ou plutôt les anciens, parlaient de « motion », auparavant. Lors du congrès de Marseille, trois textes d’orientation étaient soumis au vote. Car c’est sur les TO que les militants sont appelés à voter.

Il faut cette fois 30 parrainages et un texte de 50.000 signes maximum. Point essentiel : le nom du premier signataire. Car seul celui ou celle en tête de la liste a vocation à concourir au poste de premier secrétaire ensuite. S’ouvre alors… une nouvelle période de débats, jusqu’au 27 mai. On aime débattre au PS.

  • Vote sur les textes d’orientation le 27 mai

Petit à petit, on monte en intensité, car le mardi 27 mai, intervient un premier vote, qui donne le la. Les adhérents sont alors appelés à voter sur les textes d’orientation. C’est à cette occasion que se « définit, à la proportionnelle, la composition des instances du parti ». C’est en quelque sorte le premier tour du vote sur le premier secrétaire. Les collèges fédéraux, dans les départements, sont aussi définis à cette occasion.

  • Vote pour élire le premier secrétaire le 5 juin

Vient enfin le moment le plus important : le vote sur le premier secrétaire. Il aura lieu le jeudi 5 juin. Seuls peuvent être candidats les deux chefs de file des deux textes d’orientation arrivés en tête, neuf jours avant. On connaîtra alors le nom du nouveau patron, ou patronne, du PS.

  • Congrès de Nancy, du 13 au 15 juin

Les responsables socialistes se retrouveront ensuite à Nancy, pour le congrès du Parti socialiste, du vendredi 13 juin au dimanche 15 juin. Le congrès n’a plus la même importance que par le passé, quand tout se jouait lors de la commission des résolutions. Lors de ce rituel socialiste, se nouaient, de nuit, les alliances majoritaires, prenant souvent la forme de nuit des longs couteaux…

Plus de psychodrame aujourd’hui. Lors du congrès, les délégués pourront formellement entériner les résultats des votes du 27 mai et du 5 juin, le rapport d’activité de la direction sortante, ainsi que voter sur les instances nationales. Le congrès se termine habituellement par un discours du premier secrétaire, le dimanche en fin de matinée, à l’approche du déjeuner.

  • Election des premiers secrétaires fédéraux du 19 au 27 juin

Vous en voulez encore ? Les socialistes ne seront pas au bout de leur peine, car restera encore le vote, entre le 19 et le 27 juin, sur les premiers secrétaires fédéraux, dans chaque département, et pour élire les secrétaires de section. Au bout du bout, un premier conseil national post-congrès mettra en place le « BN », le bureau national, et le secrétariat national, les instances dirigeantes du parti.

  • Qui peut voter ?

Point important : peuvent voter les adhérents qui ont pris leur carte au moins six mois avant, soit au plus tard le 27 novembre 2024. Les anciens adhérents qui ne sont pas à jour de cotisation, mais qui avaient pris leurs dernières cartes en 2022, 2023 ou 2024, pourront se mettre à jour jusqu’au jour du vote, et pourront mettre un bulletin dans l’urne. Lors du congrès de Marseille, le corps électoral était de 40.000 personnes, avec au final environ 20.000 votants. Cette année, Corinne Narassiguin mise sur « un potentiel de mobilisation plus élevé ». On sait déjà qu’environ 10.000 nouveaux adhérents voteront pour la première fois, lors du congrès.

  • Vote « 100 % physique »

Le vote est « 100 % physique », soit dans des urnes, « à l’exception de la fédération des Français de l’étranger, qui vote électroniquement depuis un moment ». Le parti planche sur la possibilité de développer, à l’avenir, le vote électronique. Si certaines municipalités prêtent des urnes, des « petits sections » peuvent se retrouver à voter « avec une boîte à chaussure », « mais c’est la vie du parti », faite de militants bénévoles, défend la responsable du PS. Le genre de situation qui peut être source de complications.

  • Y a-t-il des risques de fraude ?

Reste à voir si tout se passera bien cette fois. Après les accusations de triche du dernier congrès, le PS va-t-il à nouveau tomber dans ses travers qu’il connaît trop bien ? Pour l’éviter, chaque TO peut envoyer des « surveillants » dans les bureaux de vote. Mais pas sûr que cela suffise en cas de contestation et, à nouveau, de résultats serrés.

« Le parti a cette culture du débat. Ça peut parfois tourner aux affrontements », reconnaît la responsable du PS, qui pointe les « rumeurs » lancées lors du congrès fratricide de Marseille. « Il peut y avoir des personnes qui ne font pas les choses correctement, mais dans 99 % des cas, les choses se passent bien », soutient Corinne Narassiguin. « La dernière fois, le vote était serré. C’est pour ça qu’il y a eu beaucoup de petits dysfonctionnements qui ont été exploités », pointe la sénatrice de Seine-Saint-Denis, qui « regrette que certains aient tendance à tordre les faits. Ça dessert le parti ».

  • En cas de conflit, une « commission de récolement » se réunit

En cas de conflit, la commission que préside Corinne Narassiguin se transformera en « commission de récolement », autre instance célèbre au PS. Derrière ce doux nom, se cache le cadre où chaque texte d’orientation sera représenté pour tenter de trouver un consensus et une sortie de crise, en cas de guerre interne et de désaccord sur les résultats de certaines fédérations ou sections. Voilà le chemin, un brin labyrinthique, pour arriver au bout d’un congrès du PS. Bravo, si vous avez tenu jusque-là. Vous gagnez votre première étoile en « solpherinologie ».

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