Budget : « C’est un semblant de justice fiscale, mais en réalité, ce sont les plus pauvres qui vont trinquer », selon le député PS Arthur Delaporte

Invités à débattre du budget 2025 sur Parlement hebdo, le rapporteur LR de la commission des finances du Sénat, Jean-François Husson, et le député PS Arthur Delaporte, s’opposent sur le sujet. « Il faudra bien faire des efforts », défend le sénateur LR, quand le socialiste dénonce « un effort incommensurable ».
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Au lendemain de la présentation en Conseil des ministres du projet de loi de finances, c’est un Parlement hebdo spécial budget, qui a reçu sur Public Sénat et LCP-AN le rapporteur général du budget de la Haute assemblée, le sénateur LR de Meurthe-et-Moselle, Jean-François Husson, et le député PS du Calvados, Arthur Delaporte.

« Un projet de rupture et un moment de vérité »

Le sénateur LR a défendu un « projet de rupture et un moment de vérité ». Jusqu’ici dans l’opposition, les LR font maintenant partie de la majorité soutenant Michel Barnier. Le rapporteur de la commission des finances rappelle qu’« entre la fin décembre 2023 et début septembre, les comptes se sont dégradés de 50 milliards d’euros de déficit supplémentaire », « il est temps de se ressaisir, d’entreprendre un redressement ».

« Les comptes sont totalement dans le rouge, car il y a eu 7 ans de mauvaise gestion publique. 60 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux grandes entreprises, les plus grandes fortunes, qui ne sont pas compensés par des recettes nouvelles. C’est finalement l’Etat qui s’est appauvri lui-même », pointe du doigt le socialiste Arthur Delaporte, qui dénonce « un effort incommensurable ».

Une dégradation des comptes, sur laquelle Jean-François Husson avait mené un travail approfondi en allant contrôler sur place les documents de l’administration à Bercy. Aujourd’hui, c’est le député PS Philippe Brun qui demande une commission d’enquête à l’Assemblée sur le sujet. « Le problème, c’est que le président de la République, alors qu’il devait savoir potentiellement qu’il y avait ça, a quand même fait la dissolution, et fait prendre du retard. C’est une faute politique », dénonce Arthur Delaporte.

« Il faut redresser les comptes du pays, et il ne faut ni dogme, ni ligne rouge », pour Jean-François Husson

Si le député PS reconnaît que des hausses d’impôt vont viser les plus riches et les grandes entreprises, « ce sont des recettes à la petite semelle. C’est un budget qui va peser sur les plus pauvres », selon Arthur Delaporte et « très marginalement » sur les plus riches. Et d’insister : « C’est un semblant de justice fiscale, mais en réalité, ce sont les plus pauvres qui vont trinquer ».

Pour Jean-François Husson, « il y a d’abord un préalable : il faut redresser les comptes du pays et il ne faut ni dogme, ni ligne rouge ». « L’effort doit être collectif et partagé », « il faut faire à due proportion de ses capacités contributives ». Les LR ne s’opposeront donc plus, par principe, aux hausses d’impôts. Une position qui étonne Arthur Delaporte, qui pointe « un revirement du Sénat », où les LR refusaient jusqu’ici à toute hausse des prélèvements.

Suppression de 4000 postes d’enseignants : « On va dégrader le système éducatif », selon Arthur Delaporte

L’un des points marquants du budget, ce sont les 4000 postes d’enseignants supprimés l’an prochain. « Dans mon département, on a dû fermer 80 classes cette année. Cela a des conséquences réelles, le nombre d’élèves par classe a augmenté », constate le député PS, pointant des « grandes ou petites sections de maternelles, avec 28 élèves par classe ». « On va dégrader le système éducatif ».

« Il faut accepter de réorganiser, d’adapter par rapport aux besoins d’aujourd’hui », répond Jean-François Husson, qui souligne la création de 2000 postes d’AESH (les accompagnants des élèves en situation de handicap), prévue dans le budget 2025.

« De toute façon, il faudra bien faire des efforts », pense Jean-François Husson

Autre sujet sensible : les 5 milliards demandés aux collectivités territoriales. Le socialiste craint des conséquences sur l’action sociale des collectivités. Même là, Jean-François Husson défend le gouvernement. « Il y a bien des moyens de faire des efforts. Certaines (collectivités) ont de bons résultats, d’autres des moins bons, il faut bien cibler », dit le sénateur LR, qui a « identifié les départements qui sont des départements très inconfortables, très tendus, il faut être très attentif. Et avec les autres, il faut regarder ce qui est possible ». Et de conclure : « De toute façon, il faudra bien faire des efforts ».

« A la fin, c’est la santé qui trinque, ce sont les retraites qui trinquent, les politiques écologiques qui trinquent car on a choisi de faire des cadeaux aux plus riches, avec l’ISF, la flat tax », n’en démord par Arthur Delaporte. « J’adore, Monsieur je sais tout, j’ai toujours raison… » grince Jean-François Husson. Un échange qui augure des débats nourris.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

PARIS, Affaire Lyhanna, Manifestation interdite place Vendome.
7min

Politique

Affaire Lyhanna : vers une commission d’enquête au Sénat sur les « dysfonctionnements de la justice » ?

La commission des lois du Sénat pourrait prochainement se doter des prérogatives d’une commission d’enquête afin de faire la lumière sur les dysfonctionnements révélés par l’affaire Lyhanna. Selon les informations recueillies par Public Sénat, la présidente de la commission, Muriel Jourda, devrait proposer dès mercredi 10 juin à ses collègues d’engager cette démarche

Le

PARIS: Conference de presse de Gerald Darmanin Gardes des Sceaux Ministre de la Justice
6min

Politique

Affaire Lyhanna : l’idée de Gérald Darmanin de redonner à la Chancellerie un pouvoir d’instruction dans les affaires individuelles, « hasardeuse et contreproductive », selon les juristes

Auditionné par la commission des lois du Sénat, sur les défaillances qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, Gérald Darmanin a évoqué l’idée de revenir sur l’interdiction pour le garde des Sceaux de donner des instructions dans les affaires individuelles. Une possibilité qui existait jusqu’en 2013, avant la réforme sur l’indépendance du parquet.

Le

Paris : Session of questions to the government at National Assembly
3min

Politique

Affaire Lyhanna : perpétuité pour les viols en série, enquêtes plus rapides…  les premières réponses de Sébastien Lecornu

Après avoir réuni plusieurs ministres ce mardi matin dans le sillage de l’affaire Lyhanna, Sébastien Lecornu veut renforcer les peines pour les violeurs en série et imposer un délai d’enquête de trois mois lorsque l’auteur d’un crime sur enfant est identifié. Deux mesures, parmi d’autres, qui seront intégrées dans le projet de loi sur la protection des enfants.

Le

Budget : « C’est un semblant de justice fiscale, mais en réalité, ce sont les plus pauvres qui vont trinquer », selon le député PS Arthur Delaporte
2min

Politique

Affaire Lyhanna : Muriel Jourda n’écarte pas « un problème structurel qui a pu conduire à ce drame épouvantable »

Après l’audition du ministre de la Justice et du ministre de l’Intérieur sur les défaillances qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, la présidente de la commission des lois du Sénat, Muriel Jourda (LR) évoque la possibilité « d’un problème structurel » dans le fonctionnement du service public de la justice. Elle préconise d’attendre le passage en revue des 70 000 plaintes pour crime et délit concernant des enfants d’ici la fin du mois de juillet, pour se prononcer.

Le