Ports français : le Sénat « dénonce l’inertie de l’État » et formule 10 propositions pour relancer leur compétitivité

Ports français : le Sénat « dénonce l’inertie de l’État » et formule 10 propositions pour relancer leur compétitivité

Plan de relance portuaire de 150 millions d’euros par an sur 5 ans », développement des désertes ferroviaires et fluviales, création d’un conseil national portuaire et logistique, une mission d’information du Sénat remet ses propositions pour une meilleure gouvernance et performance des ports français.
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Après 7 mois de travaux, une trentaine d’auditions et des déplacements, la mission d’information du Sénat sur la gouvernance et la performance des ports maritimes français, rendait son rapport ce jeudi, avec un constat inquiétant : « Malgré le potentiel (…) la richesse du littoral français (…) les ports français ne sont pas parvenus à s’imposer comme les principales portes d’entrée du commerce européen » a regretté la présidente socialiste de la mission d’information, Martine Filleul avant de lancer : « Nous dénonçons l’inertie de l’État en matière portuaire ». En effet, Il y a trois ans, lors des Assises de l'économie de la mer au Havre, Édouard Philippe avait présenté une ambitieuse stratégie portuaire. « La déclaration du Premier ministre avait semé beaucoup d’espoirs. En réalité, il ne s’est rien produit » regrette la sénatrice.

« 30 000 à 70 000 emplois perdus sur la filière des conteneurs »

En 2019, 310 millions de tonnes de frets ont transité dans les 7 grands ports maritimes (GPM) de métropole et Calais. À titre de comparaison, le port de Rotterdam en a traité 470 millions, celui d’Anvers, 238 millions. En perte de vitesse depuis 2008, le retard pris par la France dans les trafics portuaires « représenterait 30 000 à 70 000 emplois perdus sur la filière des conteneurs » (…) En 2020, plus de 40% des conteneurs à destination de la France métropolitaine transitent encore par les ports étrangers » note le rapport.

« Comment en est-on arrivé là ? » s’interrogent les sénateurs. « La désindustrialisation, la restructuration du secteur pétrolier, la conjoncture économique mais également les coûts de passage portuaire qui restent plus élevés en France qu’ailleurs en Europe, une image de fiabilité qui reste encore écornée et une insuffisance de la déserte ferroviaire et fluviale » liste Martine Filleul. 80% des pré et post-acheminement portuaires repose encore sur le routier

La création « d’un conseil national portuaire et logistique »

La mission d’information fait 10 propositions pour « replacer les ports au cœur de la compétitivité mondiale ». Pointant les faiblesses d’un « État actionnaire » et qui « n’est pas stratège » en matière de politique maritime, les élus préconisent en premier lieu la création « d’un conseil national portuaire et logistique ». « Il est destiné à couvrir toutes les structures de façon à travailler de manière transversale avec les directions des grands ports français. Tout simplement parce qu’un ministère de la mer ou un secrétariat d’État à la mer, on sent bien que les gouvernements qui se sont succédé, depuis maintenant fort longtemps, ne le souhaitent pas. On n’arrive pas à savoir pourquoi » a constaté Michel Vaspart, le rapporteur LR de la mission d’information.

Les membres de la mission d’information demandent que la nomination des directeurs de ports ne soit plus uniquement le fait de l’État mais soit faite sur proposition des conseils de surveillance des GPM. « Nous souhaitons diminuer de façon drastique les représentants de l’État dans les conseils de surveillance des ports (…) Il y a plusieurs représentants des ministères qui siègent dans ces ports, ce qui rend le fonctionnement totalement invraisemblable (…) Nous souhaitons un seul interlocuteur de l’État dans les conseils de surveillance et nous avons fait le choix du préfet de région » explique Michel Vaspart. Les sénateurs souhaitent également « créer des contrats d’objectifs et de performance » entre l’État et les grands ports.

Tripler dès 2021, le niveau de « l’aide à la pince »,

En matière de compétitivité des GPM, la mission chiffre à « 5 milliards d’euros sur 10 ans » les investissements destinés à accroître la desserte des places portuaires par le ferroviaire et le fluvial. La mission d’information propose de tripler dès 2021, le niveau de « l’aide à la pince », pour atteindre 80 millions d’euros. Le niveau de l’aide à la pince (subvention pour le transport combiné, maritime-fluvial ou maritime-ferroviaire) « est faible par rapport aux autres pays européens et ne suffit pas à rendre les transports massifiés plus compétitifs que la route » note le rapport.

Afin de soutenir les grands ports maritimes, touchés, eux aussi par la crise économique de la Covid-19, les élus demandent la mise en œuvre « d’un plan de relance portuaire de 150 millions d’euros par an sur 5 ans ».

Plusieurs de ces préconisations prendront la forme d’amendements lors du prochain projet loi de finances, mais « ça ne suffira pas » juge Michel Vaspart avant de prévenir : « Si le gouvernement ne présente pas un texte (sur la stratégie portuaire), nous déposerons une proposition de loi. Nous ne nous en tiendrons pas à ce rapport ».

 

 

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