Une économie mondiale bouleversée. Donald Trump n’a surpris personne en annonçant la mise en place de nouveaux droits de douane réciproques, mercredi 2 avril, une date qu’il qualifiait depuis des semaines comme le « jour de la libération » pour l’Amérique. Mais le président américain a vu large : la grande majorité des secteurs économiques sont concernés par ces nouvelles règles douanières, applicables à hauteur de 10 % supplémentaires pour presque tous les pays du globe subissent. Mais certaines puissances sont bien taxées : l’Union européenne se voit ainsi infliger une augmentation de 20 % sur l’ensemble de ses biens exportés sur le sol européen.
En France, l’inquiétude grandit pour beaucoup d’entreprises exportatrices aux États-Unis. Emmanuel Macron a réuni à 16 heures à l’Élysée « les représentants des filières impactées par les mesures tarifaires annoncées par les États-Unis ». L’objectif ? Réaliser un premier tour de table pour comprendre le détail des répercussions de ces tarifs douaniers sur l’activité des différents secteurs économiques.
« Cette décision va toucher tous les secteurs pour nos économies », a déploré le président de la République, en préambule de cette rencontre. Selon lui, les conséquences négatives affecteront « avant tout l’économie américaine ». « L’économie et les Américains, qu’il s’agisse des entreprises ou des citoyens, sortiront plus faibles et plus pauvres » de cet épisode, a rajouté Emmanuel Macron.
Aéronautique, vins et spiritueux
Concrètement, quels domaines d’activité peuvent s’attendre à d’importantes perturbations sur leurs exportations ? L’aéronautique peut légitimement craindre un impact majeur : l’an dernier, le secteur constituait un cinquième des ventes françaises à destination des États-Unis. Une manne qui représentait tout de même 9 milliards d’euros sur cette période. L’application de droits de douane à 20 % pourrait mettre à mal ce dynamisme, porté par le géant Airbus. Guillaume Faury, le P.-D.G. de la firme, qui connaît de bons résultats financiers ces dernières années, fait partie des patrons reçus par le président de la République cet après-midi. Safran, fabricant de pièces indispensables aux avions, et Dassault Aviation, pourraient eux aussi pâtir de l’arrivée de ces nouvelles taxes.
Les exportations d’alcool seront également mises à mal par le plan de l’administration américaine. 2,4 milliards d’euros ont été récoltés en 2024 grâce aux ventes de « vins de raisins » français outre-Atlantique. Les spiritueux, eux, ont représenté 1,5 milliard d’euros de recettes. Déjà menacés par l’imposition de surtaxes chinoises, les producteurs de cognac tirent la sonnette d’alarme après les annonces de Washington. Les relations commerciales entre France et États-Unis pourraient être complètement révolutionnées : depuis les années 90, les producteurs des deux pays avaient convenu d’une liberté totale d’échange pour faire fructifier leurs affaires.
« Cet affrontement tarifaire ne fait que des perdants tout autant en Europe qu’aux États-Unis », a regretté la Fédération des Exportateurs de Vins & Spiritueux de France (FVES) dans un communiqué. « D’ailleurs, nos homologues américains, avec lesquels nous travaillons depuis des décennies, portent également ce message auprès des autorités américaines. » Malgré ces nouveaux droits de douane qui leur sont imposés, les producteurs de champagne ne devraient au moins pas subir une taxe de 200 % un temps évoquée par Donald Trump, qui semble (pour le moment ?) avoir mis en suspens cette idée.
Le luxe et les produits laitiers aussi touchés
Les grands groupes du luxe, très présents aux États-Unis s’attendent également à des évolutions sur le marché américain. Ils ont exporté pour 4,5 milliards d’euros de produits dans le pays l’an dernier. Des représentants de LVMH, qui y réalise un quart de son chiffre d’affaires, ainsi que des galeries Lafayette, ont été conviés à la concertation organisée à l’Élysée ce jeudi.
Tout comme la Fédération des Entreprises de la Beauté (FEBEA), qui regroupe en son sein l’ensemble des spécialistes de la cosmétique. L’association craint déjà de voir Donald Trump augmenter une nouvelle fois les droits de douane. Faisant valoir sa « bienveillance », le président américain a en effet insisté sur le fait d’avoir appliqué « environ la moitié » des droits de douane de ce que les autres pays « font » aux États-Unis. « On comprend bien que c’est une façon de dire : si la rétorsion de l’Union européenne est trop forte, alors je double les tarifs », a réagi son délégué général, Emmanuel Guichard, cité par Le Figaro.
L’impact sur les exportations de produits laitiers, en particulier des fromages, préoccupe pour sa part la Fédération nationale de l’industrie laitière (FNIL). La France constitue le second pays qui vend le plus de fromages aux États-Unis, juste derrière l’Italie. 350 millions d’euros de marchandises y sont chaque année envoyés. « Quand il achète du Brie ou de la Mimolette d’Isigny, le consommateur américain, un peu comme celui qui achète son vin et son champagne, sera en capacité de payer quelques dollars de plus », estimait cependant mi-mars François-Xavier Huard, P.-D.G. de la FNIL, interrogé par l’AFP. Les produits sous appellation protégée devraient être particulièrement touchés, car leur fabrication ne peut pas être transférée dans des usines basées aux États-Unis pour échapper aux droits de douane.
Plusieurs secteurs exemptés… pour le moment
Par ailleurs, certains secteurs, comme l’automobile, l’acier ou l’aluminium vont subir des droits de douane à hauteur de 25 %. Ces mesures avaient déjà été annoncées ces dernières semaines par le président américain, qui n’a rajouté de surtaxe à cette première salve de tarifs douaniers. En ce qui concerne l’activité autour des deux métaux, l’Union européenne devrait imposer des contre-mesures spécifiques d’ici à la « mi-avril », d’après le gouvernement. « La riposte européenne se fera en deux étapes, car riposte il y aura », a promis ce jeudi Emmanuel Macron, évoquant une réponse « plus massive » sur davantage de produits américains d’ici à fin avril. Le chef de l’État a indiqué souhaiter voir « suspendus » les investissements français sur le sol américain « tant qu’on n’a pas clarifié les choses avec les États-Unis ».
Enfin, plusieurs filières sont pour l’instant exemptées de toute hausse douanière par les États-Unis : les semiconducteurs, particulièrement stratégiques pour Washington dans sa compétition vis-à-vis de Pékin, mais aussi les produits énergétiques, les lingots d’or, le cuivre, certains minéraux, le bois de construction ou encore les produits pharmaceutiques, premiers biens exportés au niveau européen en 2024. Mais le président américain pourrait s’attaquer dans les prochaines semaines à plusieurs de ces secteurs. Durant son premier mandat, il avait d’ailleurs déjà laissé percevoir sa volonté de se détacher peu à peu des Européens dans le domaine de la santé.
Au total, les exportations françaises aux États-Unis représentaient 47 milliards d’euros en 2024. Il s’agit de la quatrième destination d’export de la France après l’Allemagne, l’Italie et la Belgique. Au-delà de la métropole française, plusieurs territoires d’outre-mer ont également été surtaxés par l’administration Trump. La Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Mayotte ou la Polynésie française ne seront ainsi pas imposées de 20 % de droits de douane supplémentaires, mais seulement de 10 %. À l’inverse, les produits venus de La Réunion subiront une hausse de 37 % supplémentaires, voire de 50 % supplémentaires pour ceux exportés depuis… Saint-Pierre-et-Miquelon.