Drought in France

Sécheresse : « Tout va dépendre de la pluviométrie des prochaines semaines », analyse l’hydrologue Vazken Andréassian

Le ministre de la Transition écologique alerte sur des nappes phréatiques remplies à 68% « en dessous des normales de saison » début juillet. Christophe Béchu a beau miser sur le site « Vigie-Eau » pour « connaître les restrictions qui s’appliquent » selon les différents territoires, l’évolution de la situation pour l’été inquiète. Pour l’hydrologue Vazken Andréassian, la situation n’est pas encore « mauvaise », mais tout dépendra des précipitations des prochaines semaines.
Louis Mollier-Sabet

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Que penser de ce chiffre de nappes remplies à 68 % ? Est-ce inquiétant ?

Si le niveau des nappes inquiète, ce n’est pas tant pour l’eau potable, parce que c’est très rare que les prélèvements d’eau potable ne puissent plus se faire à cause d’un niveau faible, mais plutôt parce qu’il conditionne l’alimentation souterraine des rivières. Donc ça nous dit quelles rivières vont passer sous les seuils de vigilance, seuil d’alerte, seuil d’alerte renforcé, voire le seuil de crise. Le ministre commente le résultat du BRGM [Bureau de Recherches Géologiques et Minières, service géologique national français] de suivi des nappes souterraines au 1er juillet. Les niveaux sont bas et vont baisser jusqu’à l’hiver : l’été, c’est toujours le moment où il n’y a plus aucune chance de recharge.

Donc ce niveau de remplissement des nappes peut faire craindre l’assèchement de certains cours d’eau ?

Les cours d’eau ne sont pas uniquement alimentés par les nappes souterraines, mais aussi par des barrages réservoirs. Il faut aussi regarder leur taux de remplissage. Dans le bassin de la Seine, la banlieue de Paris est alimentée par des prélèvements dans la Seine, la Marne et dans l’Oise. C’est un peu une exception parce qu’à plus de 60 % le reste de la France ce sont des prélèvements dans les nappes.

Dans la vallée de la Seine, il y a quatre barrages qui sont pleins à plus de 90 % actuellement, donc on a déjà commencé à vider le stock, mais on a réussi à les remplir complètement à la fin du printemps. C’est une situation comparable à celle de l’an dernier, il n’y a pas vraiment d’inquiétude à avoir pour l’alimentation en eau potable de la métropole parisienne, car on est dans une situation aussi bien voire un petit peu mieux que l’an dernier. Il y a ensuite d’autres grands barrages qui réalimentent la Loire : le barrage de Villerest est complètement plein, et le barrage de Naussac qui est à moitié plein, mais il est très particulier, car il dispose d’un petit versant d’alimentation et se remplit et se vide sur plusieurs années. Il y a aussi des barrages d’EDF dans les Alpes et les Pyrénées. La tendance est à un niveau de remplissage moindre.

Et en prenant en compte ces bassins, quelles prévisions se dessinent ?

Sur le débit des rivières, il faut regarder rivière par rivière. Avec l’OFB [Office Français de la Biodiversité], on a un système de prévision des étiages pour la période estivale. Quand on regarde la carte de ce système PREMHYCE, il y a un mélange sur toute la France de rivières au-dessus de tous les seuils de vigilance et d’autres qui sont en alerte. La seule tendance c’est qu’il y a plus de rivières qui ont déjà atteint le seuil d’alerte dans la partie Nord de la France, ce qui traduit les précipitations de ces derniers mois. À titre d’exemple, une des stations emblématiques sur la Loire aval est actuellement au-dessus du seuil de vigilance, mais la tendance, actuelle, avec aucune pluie prévue pour les 15 jours à venir, devrait passer le débit en dessous du seuil de vigilance d’ici le 20 juillet.

C’est un peu ce qu’il se passe au niveau national : une situation pas catastrophique pour le moment, mais qui pourrait se dégrader ?

La sécheresse ce sont souvent des questions assez locales, parce que la géologie est très variable en France, contrairement aux grandes plaines américaines qui sont très uniformes. En France, de petites nappes souterraines très localisées changent parfois tout. Actuellement, on est sur une tendance à la baisse du niveau de remplissage, qui est normale pour la saison, tout comme sur les cours d’eau, en sachant que l’on commence plus bas qu’une année moyenne.

Et donc avec un mois de juillet comparable à 2022, la situation serait « catastrophique », comme l’a dit Christophe Béchu ?

Le mois de juillet 2022 avait en effet été exceptionnel. En termes de remplissage des nappes souterraines, on part d’un peu plus bas, donc tout va dépendre des pluies à venir qui vont réalimenter ou pas les cours d’eau. Cette année, c’est pour le moment le mois de février qui a été extraordinairement sec. J’aurais tendance à dire que les prévisions ne sont pour le moment pas mauvaises à cet égard, même si certains insistent et continuent d’affirmer qu’elles le sont.

En tout état de cause, les prévisions aux latitudes de la France métropolitaine, on peut éventuellement en faire à 15 jours, mais au-delà ce n’est pas possible. L’atmosphère est trop instable à nos latitudes, on n’est pas sous les tropiques. Donc tout dépend de ces prochaines semaines, et c’est assez difficile à prédire.

De toute façon, la carte avec les arrêtés préfectoraux de sécheresse va devenir de plus en plus rouge. Il y a par exemple ce pauvre département des Pyrénées Orientales, qui est en rouge depuis l’an dernier car l’hiver est resté très sec. Pour le moment, on a comme ça des petits secteurs très touchés, mais pour le territoire dans son ensemble, tout va dépendre de l’évolution de pluviométrie.

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