Le calendrier socialiste s’accélère. La prochaine étape du congrès du parti à la rose a lieu ce samedi. C’est la date limite de dépôt des contributions, ces textes qui fixent les grandes lignes idéologiques et stratégiques qui feront la base des motions (ou « textes d’orientation »), incarnant les principaux courants du parti.
« On craint que ce congrès soit un congrès pour rien »
Ce matin, Laurence Rossignol, Jérôme Guedj, Philippe Brun, Mickaël Vallet et Fatima Yadani présentaient leur contribution. Intitulée « Le nouveau socialisme démocratique, féministe, populaire et universaliste », elle doit proposer une troisième voie. Entre le « tout sauf Faure », incarné par le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol ou encore la maire de Vaulx-en-Velin Hélène Geoffroy, et le « il faut sauver le soldat Faure », selon les mots de la sénatrice du Val-de-Marne Laurence Rossignol auprès de publicsenat.fr. « On craint que ce congrès soit un congrès pour rien », justifie-t-elle, « que ce ne soit que pour désigner un premier secrétaire ou un candidat à la présidentielle ».
C’est une contribution de plus, dans un congrès déjà foisonnant de propositions. « Ce n’est pas une énième contribution qui va diviser, c’est une contribution pour qu’on puisse instaurer un certain nombre de sujets dans le débat », explique Fatima Yadani, première signataire et actuelle trésorière du parti, lors de la conférence de presse. « Nous avons parmi nous des membres des trois textes d’orientation actuels », explique Laurence Rossignol, « nous avons l’habitude de travailler ensemble ».
« Les combats des Gilets Jaunes doivent nourrir la refondation idéologique du socialisme »
Sur le fond, les signataires de la contribution veulent incarner une ligne populaire. « Les combats des Gilets Jaunes doivent nourrir la refondation idéologique du socialisme », peut-on lire dans le texte de la contribution. Une ligne incarnée par le député Philippe Brun, ancien Gilet Jaune. « Notre ambition est de doter le parti d’un nouveau logiciel et de lui permettre de reconquérir les électeurs perdus », a-t-il expliqué lors de la conférence de presse.
Sur le sujet de la réforme des retraites, le texte est très explicite. Il appelle à « faire tomber le principe, faussement égalitaire, d’un âge légal de départ identique pour tout le monde », et à instaurer un « âge de départ à la retraite [qui] soit modulé en fonction de la pénibilité des professions ». Mixité sociale, écologie, logement, ou encore renforcement du rôle du Parlement, la contribution évoque un grand nombre de sujets.
Les signataires de la contribution se réclament de l’universalisme. « C’est un sujet plus ou moins porté au PS », explique Laurence Rossignol, « nous sommes contre le relativisme culturel, en particulier en ce qui concerne les femmes ». Une référence aux débats qui secouent le parti et le reste de la société, sur des sujets comme le port du voile dans le sport. Mais c’est aussi une manière de prendre encore davantage ses distances avec la France Insoumise.
La contribution se veut féministe. Elle demande un budget de 2,6 milliards d’euros pour le ministère chargé de l’Egalité femmes hommes. « Nous avons pris l’angle de vue des femmes à chaque étape du texte, nous n’avons pas voulu faire comme à chaque fois en ajoutant à la fin un paragraphe sur les femmes », se félicite Laurence Rossignol.
Une rupture claire avec la France Insoumise
Les signataires de la contribution appellent de leurs vœux une réforme du collectif de travail interne du Parti socialiste, sur le plan pratique comme intellectuel. « Il y a des sujets qui ne sont pas traités en interne et qui sont tranchés sous la pression, notamment par rapport à la France Insoumise » regrette Laurence Rossignol. Ils affirment tous la nécessité pour le parti à la rose de prendre ses distances avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. « L’alliance électorale du Nouveau front populaire a été une bonne idée, mais il est impossible d’avoir un programme de gouvernement commun avec la France Insoumise », explique la sénatrice val-de-marnaise. Jérôme Guedj surenchérit : « On ne peut pas avoir d’alliance avec un parti politique qui a décidé de se taper les maires socialistes aux prochaines élections municipales ».
Déterminés à aller « jusqu’au bout »
Les signataires sont déterminés à aller « jusqu’au bout », c’est-à-dire jusqu’à présenter un candidat pour devenir premier secrétaire. En l’espèce, ici, ce serait une candidate, en la personne de Fatima Yadani, première signataire du texte.
D’ici là, les signataires de la contribution « Nouveau socialisme » parlent à tout le monde : des soutiens d d’Olivier Faure, à ceux de Nicolas Mayer-Rossignol en passant par Boris Vallaud. Pour l’instant, pas question encore de parler d’alliances avec d’autres contributions, même si le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, veut les voir rejoindre une coalition « anti-Faure ».