Lycee Massena 98 pour-cent de reussite au Baccalaureat
Le Lycee Massena a obtenu 98 pour-cent de taux de reussite des etudiants inscrits au Baccalaureat (palmares resultats Bac 2023), Nice FRANCE - 18/03/2024//SYSPEO_sysA010/Credit:SYSPEO/SIPA/2403221133

Législatives 2024 : un fonctionnaire a-t-il le droit de désobéir à un ordre gouvernemental ?

Plusieurs cadres de l’Education nationale ont lancé ce vendredi 21 juin, une pétition appelant à ne pas « obéir » à un gouvernement RN, si ce dernier prenait des mesures qui seraient « en opposition aux valeurs républicaines ». Quelles sont les obligations des agents publics en la matière ?
Alexis Graillot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« Parce que nous servons l’Etat, nous déclarons dès aujourd’hui qu’aucun d’entre nous n’appliquera de mesures qui contreviendraient aux valeurs de la République. Nous ne serons pas les exécuteurs d’une politique contraire aux principes qui fondent notre attachement au service public d’éducation », lancent des inspecteurs, proviseurs ou principaux, dans une pétition déjà signée par plus de 2000 personnes.

Cette désobéissance affichée en cas de victoire du parti d’extrême-droite aux élections législatives contreviendrait-elle au cadre légal ? Eléments de réponse.

Le principe : obligation d’obéissance hiérarchique d’un agent public

Codifiées au sein du Code général de la fonction publique, les obligations des fonctionnaires en matière d’obéissance hiérarchique, sont clairement énoncées par le texte, qui en son article L121-10 énonce clairement : « L’agent public doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique ».

De ce principe, découlent plusieurs obligations énumérées sur le site gouvernemental sevice-public.fr. Ainsi, l’agent public est tenu de « respecter les lois et règlements de toute nature » et de « se soumettre au contrôle de son supérieur hiérarchique ».

En outre, en vertu de l’article L121-9 du même code, le fonctionnaire est « responsable de l’exécution des tâches qui lui sont confiées ». De manière négative, cela signifie que si l’agent public refuse d’exécuter certaines de ses responsabilités, il se soustrait à cette obligation.

Les exceptions : ces cas où un fonctionnaire peut désobéir

Ce principe n’est pourtant pas universel et absolu, certaines circonstances justifiant que l’agent public puisse désobéir. Tout d’abord, le fonctionnaire peut se soustraire à cette obligation si « l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public ». A noter la présence de la conjonction « et », qui implique que ces deux conditions doivent être réunies pour pouvoir justifier un manquement à cette obligation. Le site service-public.fr cite par exemple le cas où un agent public refuserait d’exécuter « un ordre visant à accorder ou refuser une prestation pour des motifs discriminatoires ».

Autre cas possible de désobéissance pour un agent public, si ce dernier a « un motif raisonnable de penser qu[e la situation de travail] présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ». Ce « droit de retrait » existe de manière analogue dans le Code du travail pour les salariés du secteur privé. Il revient cependant à l’agent de prouver que la situation d’espèce répondait à ces critères.

Sanctions disciplinaires possibles

En cas de non-respect de ce principe, l’agent fautif risque des « sanctions disciplinaires », qui peuvent varier selon la nature du manquement à cette obligation, du simple avertissement, en passant par le blâme, voire la rétrogradation à l’échelon inférieur ou même la révocation. Des sanctions financières sont également possibles, via une retenue sur salaire.

Enfin, à l’inverse des salariés du privé, les agents publics sont tenus à un « devoir de réserve », découlant du principe de « neutralité » du service public, qui oblige ce dernier à « faire preuve de retenue dans l’expression écrite ou orale de ses opinions personnelles ». Cette notion de « retenue » n’étant pas clairement définie dans la législation ou la jurisprudence et pouvant différer selon le poste et les responsabilités de l’agent public, il revient au juge administratif d’apprécier au cas par cas, le manquement ou non à ce devoir.

Partager cet article

Dans la même thématique

Législatives 2024 : un fonctionnaire a-t-il le droit de désobéir à un ordre gouvernemental ?
4min

Institutions

Comment le nouveau parquet national anticriminalité va travailler sur l’assassinat d’Alain Orsoni

Entré en fonction le 5 janvier, le parquet national anticriminalité organisée (PNACO) s’est saisi de l’enquête sur la mort du nationaliste corse Alain Orsoni, abattu par balle en début de semaine. Auditionnée au Sénat, Vanessa Perrée, la magistrate à la tête du PNACO, a évoqué les dispositifs votés dans la loi narcotrafic qui vont pouvoir être appliqués avec cette affaire.

Le

Formal opening session of the Court of Cassation
7min

Institutions

L’hypothèse d’un budget par ordonnance toujours sur la table : « Une bombe atomique » démocratique

Le gouvernement reste silencieux sur une utilisation du 49-3 pour faire adopter le projet de loi de finances pour 2026. La possibilité d’un recours aux ordonnances budgétaires est toujours sur la table, mais les nombreuses incertitudes juridiques qui entourent ce mécanisme, jamais utilisé, pourraient ajouter de l’instabilité à l’instabilité.

Le

Buste de Marianne
4min

Institutions

Municipales : la parité au sein des conseils municipaux progresse

La place des femmes dans les conseils municipaux, y compris au poste de maire, est en augmentation depuis les dernières municipales, selon une étude de la Caisse des dépôts. Si les disparités restent marquées en fonction du territoire et du type de mandat, un nouveau texte de loi sur la parité dans les communes de moins de 1 000 habitants pourrait bousculer la donne aux prochaines municipales.

Le